Réconciliation ou vivre-ensemble, où étions-nous ?

Réconciliation nationale ; vivre-ensemble ; retour aux valeurs ancestrales ; dialogue inter-religions ; extrémisme violent ; radicalisation… Sont autant de vocables qui se sont subitement introduits dans le langage au quotidien des Burkinabé. Tous les thèmes de grandes manifestations tournent autour de ces questions. Ministères, institutions, et même le Président du Faso, s’y sont mis pour porter très haut ces vocables. Comme s’ils étaient nouveaux.

En effet, si ces questions sont devenues si préoccupantes pour tout le monde en ce moment, c’est certainement parce que les  Burkinabé les ont très longtemps ignorées. Ou du moins ont fait peu de choses pour les prévenir. Si le vivre-ensemble est menacé, c’est parce qu’il y a des gens qui ne sont pas contents de la manière dont ils sont traités sur le territoire national, alors qu’ils sont Burkinabé au même titre que les autres. Du coup, ils expriment par des actes peu recommandables leur mécontentement. C’est ce qui explique l’extrémisme violent ; c’est ce qui explique le terrorisme, c’est aussi ça qui explique la radicalisation. Si on avait pensé très tôt que le développement devait être équitable pour tous partout au Faso, on n’en serait certainement pas arrivé là.

La réconciliation, on en parle depuis plusieurs dizaines d’années. Après les assassinats de Thomas Sankara, de Boukari Lingani, d’Henri Zongo et de leurs camarades, puis Clément Sawadogo, Dabo Boukari et plus près de nous, Norbert Zongo, et les victimes de l’insurrection populaire et du coup d’Etat manqué de septembre 2015, la réconciliation a toujours été au centre des préoccupations. Mais, pour des calculs purement politiciens, les Burkinabé l’ont toujours remise à plus tard. Croyant qu’elle allait se trouver elle-même des solutions. Et voilà qu’aujourd’hui, elle s’impose à nous.

Les Burkinabé n’ont plus le choix. Ils ne peuvent continuer éternellement à ruser avec certaines questions. L’éducation, telle qu’elle est pratiquée depuis les indépendances, a montré ses limites. Il nous faut nécessairement une autre forme de donner la vraie éducation, afin d’avoir des Burkinabé en phase avec leur pays. Dont les fondements profonds sont issus de valeurs connues de tous. Malheureusement, certains veulent encore faire semblant. Le patriotisme, la vérité, l’honneur, la dignité, le respect du bien public et privé, le civisme, la solidarité, …sont des valeurs auxquelles nous ne pouvons déroger si nous voulons la paix, le vivre-ensemble et le progrès pour notre pays.

Bientôt, on verra ce que les candidats à la présidence nous proposent. Le gros problème du Burkina Faso, ce n’est pas plus le manque de moyens pour assurer le développement du pays que le Burkinabé lui-même.

S’il n’est donc jamais trop tard pour bien faire, il est donc temps pour nous d’aller tout de suite au charbon et prendre très au sérieux ces questions-là. Leur apporter la thérapie qui convienne effectivement. Toute ruse, toute autre manière détournée de les affronter, nous exposeront davantage. Ce ne sont pas des questions politiques. Même si c’est par une volonté politique véritable qu’on peut les régler.

Dabaoué Audrianne KANI

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