Rejet de l’élection du Bureau du CRJ-Hauts-Bassins : « Pour nous, c’est le droit qui a été dit et nous sommes satisfaits », Victor Dabiré

Victor Dabiré, leader associatif, militant à la Jeunesse estudiantine catholique (JEC) et candidat à la présidence du Conseil régional de la jeunesse des Hauts-Bassins nous a rendu visite, le lundi 09 août dernier, à L’Express du Faso. A cette occasion nous nous sommes entretenus avec lui sur l’élection du président du Conseil régional de la jeunesse des Hauts-Bassins qu’il a boycottée en tant que candidat. Voici ce qu’il nous a confié.

Qu’est-ce qui a motivé votre candidature à la présidence du Conseil régional de la jeunesse (CRJ) ?

Après avoir fait un constat, examiné la situation dans laquelle la jeunesse des Hauts-Bassins se trouve, nous avons estimé qu’elle manque de direction, de formation. On ne travaille pas à dégager des opportunités pour les jeunes. Donc, j’ai déposé ma candidature pour apporter ma contribution à la formation et à l’épanouissement des jeunes.  Avec un programme bien détaillé que j’ai présenté le 22 juillet passé. Il comporte sept domaines d’intervention dont la gouvernance associative, la promotion des mouvements et associations, la promotion de l’emploi, la protection de l’environnement, l’économie et la mobilisation des ressources, etc. Ces différents domaines seront accompagnés par plusieurs commissions qui seront mises en place pour l’exécution du programme.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussés à ne pas aller aux élections ? Vous aviez déjà senti votre défaite arriver ?

Ce n’est pas une défaite que nous avons sentie, nous sommes allés très confiants. Le 27 juillet dernier, il y a eu la publication de la liste des candidats au niveau régional. Quand elle a été publiée, elle a été beaucoup critiquée, car elle ne comportait pas les contacts des candidats ni les mentions des associations qui les ont mandatés. On suspecte des associations d’avoir falsifié des mandats. Après publication de la liste, l’Assemblée générale a été programmée pour le 31 juillet 2021. Nous avons manifesté notre désaccord à aller à cette Assemblée générale. Quitte à ce que la commission nationale vienne s’impliquer dans le dépouillement des listes provisoires des candidats.

Et alors ?

L’Assemblée générale a été reportée au 07 août. Ce temps a permis à la commission nationale de venir travailler sur la liste des candidats. De 81 candidats nous sommes passés à 75. Cette liste provisoire selon les textes, doit être soumise 72 heures après les recours. Ces recours ont été formulés par les présidents d’associations, et parmi ces recours il y avait entre autres des mandats qui ont été falsifiés, des cachés de certains présidents d’associations qui n’étaient même pas au courant, des candidats ont été managés par leurs associations, le fait qu’il y avait des doublures sur la liste des candidats. Alors de 75 candidats nous sommes venus à une liste de 64 candidats et cette liste n’a pas été rendue officielle. En principe après les 72 heures, la liste officielle des candidats devait être publiée le 08 par le président du Conseil national des organisations des élections. Cela n’a pas été fait. Etant donné qu’il y avait la date du 07 août qui circulait toujours, il a même demandé à ce qu’on reporte les élections. Parce que c’est le président de la commission nationale ou un membre de la commission nationale mandaté par le bureau national, qui doit assister, superviser et valider les élections. Il a exprimé cette inquiétude car il se rendait à Banfora pour le dépouillement de la région des Cascades. Comme il était indisponible et qu’aucun membre de la commission n’est disponible, il a demandé qu’on reporte les élections afin qu’il puisse venir lui-même prendre les choses en main.

Comment les choses se sont-elles passées ?

Le commissaire régional s’est entêté et a informé des candidats et d’autres n’avaient pas été informés. C’est déjà un problème, car dans tout le processus il n’y a pas eu un canal d’information. Le plus souvent, les informations étaient balancées dans des groupes WhatsApp, alors que certains candidats n’étaient pas dans ces groupes. On trouvait que ce n’était pas un canal fiable pour informer les candidats. Les gens se sont inscrits, il y a leurs numéros de téléphones, il aurait fallu qu’on puisse les appeler ou leur envoyer des messages SMS pour les convier. Jusqu’au jour des élections certains candidats n’ont pas reçu d’information sur la tenue.

La deuxième chose c’est le siège où se sont tenues les élections. L’article 35 du code électoral dit que les élections ne doivent pas se tenir dans le siège d’une association membre. Pourtant les élections se sont tenues au siège d’une association membre. Lors des élections il n’y a pas eu la présence d’un membre de la commission nationale d’organisation des élections pour superviser les élections. Les bulletins de vote doivent être cachetés par le président du Conseil national des élections et jusque-là il n’existe qu’un seul caché. Nous nous demandons comment est-ce qu’ils ont pu faire ces élections sans bulletins cachetés ? Les textes prévoient qu’à l’entrée, on doit vérifier l’identité des candidats et même les délégués provinciaux doivent être munis d’un mandat. Parce que le Conseil national est une communauté d’associations et quand il y a lieu de voter ou d’aller à une instance, chaque association mandate quelqu’un pour y aller. Il n’y a pas eu vérification de mandat et les gens sont rentrés dans la salle. Alors, on se demande si c’était des candidats qui étaient réellement dans la salle ou des personnes qui devaient voter. Ce n’est pas exhaustif, il y a plusieurs choses qu’on a constatées et ce sont des raisons pour lesquelles on s’attendait à ce qu’ils reportent ces élections.

L’ont-ils fait ?

Non ! Ils ont tenu à ce que ces élections aient lieu. Nous avons demandé à nos candidats de ne pas participer à l’élection quitte à ce qu’on puisse user des voies légales de recours pour le faire. Nous avons écrit à la Commission nationale d’organisation des élections en faisant l’état sur tous nos recours et nous attendons une réponse. Si cette réponse n’est pas satisfaisante, nous allons user des voies légales. Peut être que nous allons saisir le tribunal administratif, avec toutes les pièces qu’on a en notre disposition, pour faire valoir nos droits.

Est-ce que vous sentez des mains politiciennes qui ont influencé ces irrégularités ?

Il faut dire qu’il y a les réalités du milieu. On ne peut pas affirmer à 100 % qu’il n’y a pas de main politique dans cette affaire. D’ailleurs tout est politique. Mais personnellement, je ne vois pas ici l’impact négatif de la politique dans l’affaire, mais plutôt le non-respect des textes. Peu importe l’influence des politiques, s’il n’y a pas le respect des textes, nous irons à l’encontre et relever tout cela.

Votre demande d’annulation des élections a eu gain de cause. Etes-vous satisfait de cette décision ?

Exactement, nous sommes satisfaits. C’était l’aboutissement de la requête que nous avons déposée. Pour nous, c’est le droit qui a été dit.

Quel est votre appel à l’endroit de la jeunesse associative des Hauts-Bassins ?

C’est lui demander d’aller à l’information. C’est très important. Elle ne doit pas se laisser instrumentaliser, on doit plus peser sur le discernement afin de ne pas se laisser embarquer. Ici, c’est une question de vision. C’est ce que je dis à mon équipe. Si on obtient la reprise des élections, cela ne veut pas dire qu’on a gagné, mais c’est le droit qui a gagné. S’il arrive qu’on perde ces élections, qu’on les perde dans les règles de l’art. C’est ce message que nous voulons faire passer à la jeunesse. En tant que jeunes nous devons travailler à respecter nos propres textes. Si ce travail n’est pas fait dans la jeunesse, cela entrainera à ce qu’on constate aujourd’hui dans les grandes sphères de décision au niveau national où les gens tripatouillent les textes. Quand il y a un problème, ça ne sert à rien d’aller aux affrontements physiques, on peut utiliser d’autres moyens pour résoudre nos différends.

Nous n’avons pas refusé d’aller aux élections à cause de l’échec. Mais, nous avons refusé de partir pour des raisons légales et objectives. A tous ceux qui nous soutiennent, je demande de rester à l’écoute, nous n’allons pas baisser les bras tant que cette situation ne sera pas réglée. Je suis très reconnaissant du soutien que les uns et les autres m’apportent. Nous allons garder la ligne jusqu’à ce que justice soit faite.

Interview réalisée par Aymeric KANI

Retranscrite par Marie-Claire SOME/ Stagiaire

Fermer le menu
risus. ante. neque. in amet, Lorem adipiscing