Safoura Sanou, promotrice de la Coquette de Bobo-Dioulasso : « Certains pensent que ce sont les ratés qui font le commerce »

Créative, dynamique, Safoura Sanou est une jeune entrepreneure. Après ses études et confrontée à l’employabilité des jeunes dans son pays, l’idée de se lancer à son compte lui est venue. Et comme cela faisait des années que Safoura souhaitait mettre sa créativité et son professionnalisme dans le domaine du commerce, elle a ouvert sa boutique « La Coquette de Bobo-Dioulasso » basée à Bobo-Dioulasso sur le boulevard à Ouezzin-ville. « La Coquette de Bobo-Dioulasso » offre entre autres, des pagnes tissés, des pagnes traditionnels, des sacs et chaussures, des vêtements pour femme et enfant. Dans cet entretien qu’elle nous a accordé, elle revient sur son parcours d’entrepreneure.

Qui est Safoura Sanou ?

Je suis Safoura Sanou, titulaire d’un diplôme en ressources humaines obtenue en 2019 à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (ENAM) à Ouagadougou. Je suis mariée et maman.

Présentez-nous votre boutique « La Coquette de Bobo-Dioulasso » et ce que vous offrez à vos clients ?

« La Coquette de Bobo-Dioulasso » est une boutique de vente de vêtements, chaussures, sacs à main et accessoires de femme. Nous proposons des pagnes simples, des Kôkô Dunda, des pagnes tissés, des sacs à mains, chaussures femmes et enfants, des bijoux, des prêt-à-porter. Je couds aussi les Kôkô Dunda et le Faso Danfani sur mesure pour les clients. Et on confectionne ça en 8 heures de temps. Le nom de la boutique, c’est pour rendre hommage à ma maman qui est décédée quand jetais assez jeune, pour qu’elle sache que de là où elle est, on ne l’a pas oubliée.

Quelle est votre touche particulière ?

Je mise plus sur les travaux manuels, artisanaux, ce que nos mamans font à la main. Je n’exporte pas, c’est du local. Je mise beaucoup sur la qualité, ce qui se répercute sur le prix des produits. Souvent, j’aime dire aux clients qui se plaignent des prix, que qui veut la qualité doit mettre la main dans la poche. Je conseille beaucoup mes clients dans leurs choix de tissus, de couleurs.

D’où est venu le déclic pour l’entreprenariat ?

D’abord, je suis née d’une famille à majorité commerçante et c’est là qu’est née mon amour pour le commerce. Aussi, je suis diplômée en gestion des ressources humaines. J’ai fait des stages un peu partout, mais cela n’a pas donné. Alors, je me suis dit, pourquoi ne pas continuer mon commerce, puisque depuis le lycée je faisais de petit commerce.

Pour la petite histoire, un jour quand je faisais le stage, un monsieur m’a dit que c’est parce que les choses ont changé sinon en son temps, mes parents n’allaient pas me scolariser pour que j’ailles aussi loin dans les études générales. Ils allaient me former en commerce, car « c’est une activité qui te réussit ». Il avait remarqué que, quand j’arrivais au lieu de stage avec mes articles, même 20 complets, j’épuisais mon stock. S’il ne tenait qu’à lui, j’allais faire le commerce. Et on me disait de me lancer dans ce domaine, c’est de là qu’est parti l’idée de me lancer dans l’entreprenariat. J’ai commencé par un kiosque, aujourd’hui je suis propriétaire d’une grande boutique en l’espace d’un mois.

Faut-il une formation particulière pour pouvoir faire ce business ?

Je ne dirai pas forcement qu’il faut se former, car tout nait de la passion. Mais le monde est en perpétuelle mutation, tout change, tout évolue, les méthodes de commerce et de vente. Avant, on ne savait pas vendre en ligne, on ne savait pas qu’on pouvait se faire de l’argent seulement avec nos smartphones, mais aujourd’hui, particulièrement mon cas, hormis la boutique physique, j’ai une boutique en ligne. Et je vends beaucoup plus en ligne, sans une formation, on ne peut pas faire cela. Donc dans ce domaine, il faut se former, être en adéquation avec les choses du moment.

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre business ?

Ce qui me plait dans ce métier, c’est de voir mes clients satisfaits quand ils sortent de la boutique. On se fait aussi des relations, des amitiés. C’est un secteur très porteur dans la mesure où j’emploie des gens et que je suis satisfaite du rendement.

Quels sont les obstacles auxquels vous êtes confrontés dans votre business ?

Comme toutes entreprises, « La Coquette de Bobo-Dioulasso» est confrontée à quelques difficultés. Le plus difficile à mon niveau, c’est de trouver des tissus pour satisfaire ma clientèle. Souvent, on commande des pagnes pour des uniformes. Pour le cas de Kôkô Dunda, les clients oublient que c’est un travail manuel, complètement artisanal. Tout ne peut pas être identique comme avec la machine. Il y a aussi le côté tissu, le tissu Kôkô Dunda sort comme du fouxe. On peut avoir une couleur cette semaine et une autre semaine, on ne retrouvera pas cette couleur, car c’est la couleur de base qui fait la couleur finale. Et puis aussi la difficulté majeure, c’est de trouver quelqu’un de sérieux pour t’aider dans ton travail, l’insécurité. J’ai plusieurs fois été victime de vol malgré qu’il y ait un gardien. Ce n’est pas simple, mais on tient bon. Malgré ces difficultés, j’ambitionne ouvrir « La Coquette de Bobo-Dioulasso » dans les autres villes du pays, pourquoi pas à l’extérieur, car j’envoie mes articles au Mali, en Côte d’Ivoire, en France. Je me vois dans quelques années la plus grande promotrice de Kôkô Dunda et de pagne tissé.

Comment arrivez-vous à allier vie familiale, boulot et business ?

Ce n’est pas facile. Il y a forcément des gens qui vont te soutenir et d’autres vont rester derrière, te tirer pour te faire descendre. Je me souviens que quand je voulais ouvrir ma boutique, il y en a qui m’ont découragée. Disant que ça ne va pas donner, tout mon argent va rentrer dans les impôts et je vais revenir rester à la maison. J’ai dit que je ne vais pas fermer, laissez-moi ouvrir et on verra la suite. Ce n’est pas pour me vanter mais ces derniers viennent souvent prendre crédits chez moi. Souvent aussi, les clients te méprennent, au lieu des articles, ils volent autres choses, il n’y a pas de respect. Aussi, ce n’est pas facile de pouvoir allier vie au foyer et business. Souvent en sortant, quand je vois mes enfants, je pleure à l’intérieur de moi. Car je ne suis jamais là pour eux, même souvent les dimanches je suis partie quand un client m’appelle. Mais si vous avez un conjoint qui vous comprend, vous pouvez gérer. C’est pourquoi je suis fière des femmes burkinabè. Elles sont fortes, elles sont battantes et elles doivent être accompagnées par la famille et les autorités. Car une femme épanouie est une Nation épanouie. J’invite mes sœurs à se battre. Qui ne risque rien n’a rien ! L’Etat ne peut pas nous prendre tous à la fonction publique. Les gens pensent que ce sont les ratés qui font le commerce, qui se lancent dans l’entreprenariat, pourtant non. L’école nous apprend le sens du discernement. Peut-être que je dirai que si je n’avais pas étudié, je ne serais pas à mesure aujourd’hui de développer mon business, de manager mon personnel.  Chaque femme doit faire quelque chose de ses dix doigts, c’est la base de tout. Même dans un foyer si tu n’as pas de revenu, tu n’es pas respecté. Il n’y a rien de tel que d’être indépendante en tant que femme.

Aïcha TRAORE

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