
Adiaratou Sanogo affectueusement appelée Adja Badouha, fait de la résilience son mode de vie. Cette visionnaire a choisi de cultiver la terre autrement. Elle pratique l’agriculture sous serre. Nous l’avons rencontrée à Kouanda à Loumbila, à la périphérie de Ouagadougou. Elle est la Promotrice Agribusiness Badouha et du Centre international d’incubation d’agriculture nouvelle vision.
Vous êtes dans l’agro écologie, présentez-nous votre activité ?
Nous évoluons dans l’agro écologie et nous sommes focalisés sur la production et la formation. Nous avons 2 locaux. Nous avons des bureaux en ville où nous recevons nos clients et nous offrons des formations de courtes durées. Nous accueillons des élèves venant notamment de Guinée, de Côte d’Ivoire, du Mali et de beaucoup d’autres pays. Pour nos travaux, nous avons tout le matériel concernant l’agriculture, précisément l’agriculture hors sol. Nous faisons uniquement la formation, la production et les expériences et la production de nos engrais sur le site de Kouanda, et des pesticides qu’on commercialise en ville à Pagalayiri. Ici à Kouanda, nous exploitons une superficie d’un hectare pour la production, l’expérimentation mais aussi pour la formation pratique. Ici nous produisons entre autres, du piment, de la salade, des tomates et concombres.
Quelles sont les techniques que vous utilisez en agriculture ?
Nous faisons de la culture sous serre, hors sol et d’autres techniques qui correspondent avec la protection de l’environnement et à notre climat. Ces méthodes permettent de garder l’humidité sous les arbres et préserver notre cadre de vie. Cette pratique permet d’optimiser le développement des plantes, donc d’augmenter les rendements de plus de 30%. Nous respectons les critères de protection de l’environnement et nous nous adaptons aux changements climatiques. Nous ne pouvons plus continuer avec les anciennes méthodes à cause des changements climatiques. Par exemple, il y a des serres de 400 mètres carrés qui permettent d’avoir un rendement équivalent à celui de 2 hectares.
Ces pratiques vous permettent-elles de gagner de l’argent ?
On a expérimenté et on a eu des résultats. Quand nous venions, il n’y avait rien. Mais aujourd’hui, nous avons investi plus de 120 millions de F CFA ici. Actuellement, je travaille avec une vingtaine de personnes comme employés sur le plan national. Lorsque nous avons de gros effectifs à former, nous recrutons d’autres contractuels pour nous épauler.
Quels sont vos projets ?
Nous sommes dans la dynamique d’agrandir nos locaux. On a pu acheter plus de 100 hectares pour notre entreprise et on veut lancer de gros projets. Nous avons la chance d’avoir un gouvernement qui a mis l’accent sur l’agriculture. Nous avons acquis des hectares, nous voulons nous lancer dans l’agriculture intensive à travers le choix de quelques produits phares tels que le tournesol, le coton dont les graines seront utilisées pour produire de l’huile. Nous voulons également nous lancer dans la production du blé. On a constaté que nous avons une usine de blé, mais les producteurs ne sont pas nombreux. Notre objectif donc, c’est de devenir les fournisseurs de cette usine.
Pourquoi le choix de l’agro écologie ?
Ici, nous sommes soucieux de la préservation de notre environnement. Personnellement, je ne m’y connais pas en engrais chimiques. Nous n’utilisons que nos engrais bio pour protéger nos sols. Même s’il arrive que nous utilisions des pesticides chimiques, on respecte les critères de l’agro écologie qui sont homologués, c’est-à-dire le respect de la quantité, du délai de récolte. Pour le moment, nous sommes à 100% l’agro écologie, nous faisons des productions bio. Quand on parle de l’agro écologie, de protection de l’environnement, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas utiliser les engrais ou produits chimiques, il s’agit là plutôt d’utiliser ceux qui sont homologués. Etant donné qu’à notre niveau nous avons déjà des engrais bio, on a opté pour cela, car la protection du sol, de l’environnement et de la santé des travailleurs fait partie de nos premiers objectifs. L’une de nos forces aussi est l’occupation de l’espace. La population augmente et il n’est pas évident qu’à long terme, on puisse toujours avoir plusieurs hectares. Par exemple ici, avec 400 m carrés, on peut avoir le rendement de deux hectares.
Quels sont les obstacles auxquels vous êtes confrontés dans cette activité ?
Le principal problème est commun à la plupart des producteurs au pays. On rencontre des difficultés à fixer les prix. Les consommateurs n’ont pas l’habitude d’acheter des produits de l’agro écologie et ils trouvent cela cher. Pourtant, si on doit vendre au prix habituel, beaucoup ne s’en sortiront pas sauf si la personne va faire un très bon marketing ou cibler certaines clientèles. L’autre problème par rapport à la production, c’est le changement climatique. Il faut chaque fois trouver des moyens pour s’adapter, se réadapter. A notre niveau, on a nos propres techniques pour faire face aux changements climatiques. On a beaucoup d’ombrage pour diminuer l’effet, l’intensité du soleil sur nos produits ou encore, on cultive sous des serres. Nous utilisons également beaucoup l’irrigation qui nous permet de produire à tout moment.
Un appel à lancer aux femmes pour qu’elles investissent dans l’agro écologie ?
L’agriculture selon moi, est le métier qu’il faut pour une femme. Même si elle n’a pas l’autorisation de son mari, elle peut le faire à la maison, même sur les murs et le voisinage va acheter. Par rapport à la jeunesse, je veux dire, il y a des gens qui nous ont devancés dans la fabrication des voitures. Dieu est juste, notre part, c’est la terre, l’agriculture, que la jeunesse retourne à la terre, que nous arriverons d’abord à nous nourrir et à nourrir le reste de la population mondiale. J’invite vraiment les femmes, également les jeunes à adhérer à l’agro écologie, à produire tout en respectant les conditions qui protègent notre environnement et la santé de l’être humain. C’est également un secteur d’avenir et porteur. Nous menons cette activité et on s’en sort bien financièrement. On a pu investir plus de 120 millions, je vis bien à travers ce métier.
Aïcha TRAORE