L’École nationale de formation agricole (ENAFA) de Matourkou a mis en place un projet dénommé “Sènè Yiriwa”, en français, promouvoir l’agriculture. Dans la pratique, ce projet qui consiste à produire de la semence de maïs, de niébé et de sésame, accueille cette année sa 3e cohorte. Dans la matinée du 4 octobre 2025, les premiers responsables de l’ENAFA de Matourkou étaient sur un des sites d’exploitation avec des producteurs eux-mêmes.
Le projet de renforcement des capacités entrepreneuriales “Sènè Yiriwa” de l’ENAFA de Matourkou a pour bénéficiaires directs les inscrits sur titre dans cette école de formation. Pour Dr Issa Wonni, Directeur général de l’ENAFA de Matourkou, le projet vise à accompagner les inscrits sur titre dans leur insertion socioprofessionnelle et leur autonomisation à travers l’entrepreneuriat agricole. Il fait remarquer que la suspension des recrutements sur mesures nouvelles au Burkina Faso a eu pour effet de démotiver de nombreux jeunes à s’inscrire dans les écoles de formation professionnelle. Pour alors maintenir l’élan de formation et encourager l’intérêt des jeunes pour le secteur agricole, l’ENAFA de Matourkou, avec l’appui du ministère en charge de l’Agriculture, a initié ce projet, dit-il. Son objectif est d’accompagner les apprenants dès leur arrivée à l’école afin de les amener à entreprendre dans le domaine agricole. Concrètement, Dr Issa Wonni précise qu’ils disposeront de parcelles de production sur lesquelles ils pourront mettre en pratique les enseignements reçus en salle. Ainsi, à la fin de leur formation, ces jeunes seront en mesure de créer leur propre activité sans forcément aspirer à devenir fonctionnaires, souhaite-t-il. Au Secrétaire général de l’école, Dr Drissa Cissé, de faire savoir que « cette année, nous sommes à 138 stagiaires qui exploitent une superficie totale de 69,5 hectares. De ces 69,5 hectares, il y a 33 hectares de niébé, 31 hectares de maïs et 5,5 hectares de sésame ». Il ajoute que la production de semence est un domaine très pourvoyeur d’emplois et de revenus, production qui, par ailleurs doit être de qualité car « une mauvaise semence vous fait perdre déjà 40% de vos rendements », dit-il.
Une collaboration stratégique
Dr Cissé confie que dans la mise en œuvre du projet, ils collaborent avec une structure locale qui les accompagne depuis la première édition. Cette structure joue un rôle clé, car elle se charge de récupérer les semences à la fin du processus et de verser les dividendes de production aux stagiaires. Pour lui, l’objectif est de familiariser ces derniers avec ce modèle de partenariat, tout en leur permettant de bénéficier d’un carnet d’adresses bien fourni.
Le Secrétaire général de l’ENAFA de Matourkou explique ainsi, les jeunes peuvent, à terme, s’installer à leur propre compte sans avoir à chercher un marché ailleurs, puisque celui-ci est déjà garanti. Dès le départ, un contrat de production est établi entre les stagiaires et la structure chargée de récupérer les semences. A l’entendre, c’est ainsi que tout ce qui est produit dans le cadre du projet est déjà vendu à l’avance, et ne peut donc pas être cédé à une autre entité. Il poursuit en disant que c’est cette forme d’entrepreneuriat agricole qu’ils souhaitent inculquer aux jeunes afin de les encourager à embrasser durablement le métier d’agriculteur. Elisabeth Nikiéma est stagiaire inscrite sur titre à l’ENAFA de Matourkou et bénéficie de ce projet. Elle dit être satisfaite, car « j’ai appris à aménager les parcelles et à semer le niébé en respectant les écartements nécessaires pour assurer une bonne levée. J’ai également acquis des connaissances sur les amendements à apporter à la culture ainsi que sur les traitements à effectuer. Je sais désormais à quel moment précis réaliser ces traitements afin d’obtenir une semence de qualité et de garantir un bon rendement », affirme-t-elle. L’école à un nombre d’inscrits sur titre non négligeable à en croire les propos de Boniface Bakouan, Directeur de la formation initiale et de la scolarité à l’ENAFA de Matourkou. Il précise qu’ils représentent 2/3 des effectifs. Le Directeur général de l’ENAFA de Matourkou a encouragé ces stagiaires à ne pas trahir l’esprit du projet. Parce qu’aujourd’hui, pour lui, le pays a besoin des agents d’agriculture pour booster sa production agricole.
Abdoul-Karim Etienne SANON
