Sita Sangaré, président de la FBF : «Pendant huit ans j’ai servi le football de mon pays à ce niveau, c’est bon»

A l’unanimité, les acteurs du football national reconnaissent que le président Sita Sangaré a apporté sa pierre à l’édification du sport roi au Burkina Faso pendant son mandat. Mais, lui, il l’a joue modeste en affirmant, sourire aux lèvres, qu’il a fait ce qu’il pouvait. Le 22 août prochain, à la suite de l’Assemblée générale élective, il cédera sa place au candidat vainqueur des élections qui auront lieu ce jour-là. En attendant, nous avons eu le privilège d’échanger avec lui sur les acquis, mais aussi sur les insatisfactions qu’il a eues à la fin de son deuxième mandat à la tête de la FBF.

Au delà de la politique fédérale de développement du football, il y a d’autres cadres

Que retenez-vous de votre passage à la tête de la Fédération burkinabé de football ?

Je retiens globalement que c’est une tâche très exaltante et très prenante également. Mais, au finish, nous avons fait de notre mieux.

Parlant des acquis, que pouvez-vous dire sur le plan administratif ?

Sur le plan purement administratif, il faut dire que nous avons fait pas mal de choses, le comité exécutif et moi-même. Déjà, nous avons travaillé à doter notre football de textes, là où il y avait un vide. Même si maintenant, je vois des gens critiquer à des fins électoralistes, cela est très important. Il n’y avait pas de documents cadres au niveau de notre football. Et nous avons fait adopter un référentiel qui est la politique fédérale de développement du football, devenu un repère pour toute fédération qui viendrait à se mettre en place dans notre pays. Et ce document cadre est fondé sur les textes internationaux et également sur la politique nationale des sports au Burkina Faso. Si ce document, très important, a pu être adopté, c’est à mettre à l’actif de l’ensemble des acteurs du football de notre pays. Au-delà de la politique fédérale de développement du football, il y a d’autres cadres très importants issus des reformes de l’année 2018, tels que les règlements généraux de la fédération, le code d’éthique, un recueil de 7 textes fondamentaux en matière de transfert qui a pu être élaboré.

Au niveau de l’environnement administratif, il faut dire que dès 2012, à notre élection à la tête de la FBF, nous avons étoffé l’environnement de l’équipe nationale en faisant arriver un intendant. A l’époque, on ne parlait que de manager général. Il y a aujourd’hui l’intendant qui travaille en relation avec le ministère des Sports et des Loisirs, et des joueurs à ce que les documents administratifs soient prêts pour éviter les problèmes. De part le passé, cette lourde tâche reposait sur les épaules du secrétaire général de la fédération qui était déjà très occupé. Et à cela, il y a les différentes formations qui se sont multipliées depuis notre arrivée.

Au niveau des entraineurs, il y a eu un travail de classification. Cela n’existait pas, parce que les entraineurs sont un corps de métiers. Donc, les entraineurs du Burkina Faso ont été classés selon leurs diplômes et leurs expériences. Il y a une commission fédérale de reclassement des entraineurs qui a travaillé sous l’égide de la direction technique nationale. Cette direction technique nationale a été considérablement étoffée.

Au niveau de l’aspect technique, on a pu mettre en place les différentes catégories d’équipes nationales tant en dames qu’en hommes. Nous avons travaillé à ce qu’il y ait d’autres personnels au niveau de l’encadrement. Avec la collaboration avec notre ministère de tutelle, nous avons pu recruter un pool de préparateurs physiques et d’entraineurs de gardiens pour nos équipes nationales de petites catégories.

Au début de votre mandat, vous vous étiez fixés des objectifs en termes d’infrastructures. Est-ce que ces objectifs ont pu être réalisés ?

En matière d’infrastructures, il y a également beaucoup de choses qui ont été réalisées. J’ai effectué une visite de terrain ce matin (ndlr : mardi 11 août) parce que nous tenons à ce que la salle de conférence puisse être réalisée. Une salle qui, au-delà du monde du football, pourra servir à d’autres activités par exemple les activités des journalistes sportifs. Elle avance, même si elle n’est pas encore achevée. Elle est réalisée au moins à 75%. Nous espérons l’inaugurer avant la passation des charges. Nous avons aussi posé des grilles de sécurité sur un certain nombre de terrains ; nous avons réhabilité le stade Wobi de Bobo-Dioulasso. Il y a des pelouses synthétiques qui ont été apposées et la dernière en date est celle du stade Municipal Joseph Conombo de Ouagadougou. Il y a eu entre temps la pelouse du centre technique, celle du terrain de Ziniaré. Dans l’enceinte du centre technique, il y a eu des travaux de réfection de bâtiments. Ensuite, il y a eu une ouverture de piste, parce qu’il n’y avait pas de voie d’accès. Il y a un parking qui a été réalisé et des véhicules qui ont été acquis pour faciliter la mobilité pour les différentes missions. Il y a eu un accroissement du parc autos de la FBF. Vous avez les bus acquis grâce à la collaboration avec la FIFA. Nous pensons qu’il y a eu beaucoup sur le plan des infrastructures. Nous avons réalisé pas mal d’infrastructures au profit des acteurs du football. On a aussi travaillé avec la FIFA à installer l’éclairage solaire sur un certain nombre de terrains. Et cela va se poursuivre.

L’un de vos projets phares, c’était la relève sportive. Quels sont les acquis que vous laissés à ce niveau ?

Le deuxième mandat a été placé expressément sous le sceau de la relève. On se rend bien compte que la génération dorée qui nous a valu tant de lauriers sera amenée un jour à se retirer. Donc, nous nous sommes battus pour qu’on puisse réaliser des compétitions de petites catégories. Nous avons commencé à mettre la main dans la pâte en espérant, un jour, arriver à un seuil de satisfaction. Nous avons beaucoup de jeunes joueurs et les techniques s’apprennent à la base. Il y a beaucoup de jeunes qui jouent au football. Nous nous sommes dit qu’il faut leur permettre de pratiquer. On a essayé depuis 2013 de lancer les compétitions de petites catégories. Nous n’étions pas chaque fois satisfaits de la formule. Mais, aucune fédération ne peut venir sans songer à la relève. Mais, nos prédécesseurs n’organisaient pas de championnats de petites catégories faute de moyens financiers. Chemin faisant, nous avons pu réaliser ces championnats avec ce qu’on appelle bourse qui est devenue une subvention du ministère des Sports et des Loisirs aux acteurs du football. Nous nous sommes rendus compte que la convention qui encadrait cette subvention du ministère prévoyait un appui pour la mise en place des petites catégories. Donc, nous avons demandé à l’Assemblée générale un quitus à la ligue de football des jeunes, mise en place sous notre comité exécutif, d’organiser un véritable championnat national des petites catégories. La première expérimentation a été faite à Ouahigouya en 2019 et ça connu un franc succès. Nous pensons qu’ainsi nous avons créé les germes de la relève dans notre pays. Les championnats nationaux se sont déroulés pour les trois catégories minimes, cadettes et juniores. Le sillon a été creusé et il revient à notre successeur de maintenir le flambeau.

Concernant le manque de moyens financiers et les difficultés de mobilisation des ressources, sous votre mandat qu’est-ce qui a été fait dans ce sens ?

D’abord, nous nous sommes attelés à recruter un responsable marketing et communication pour permettre de mobiliser les ressources tant il est vrai que sans moyens vous ne pouvez pas développer le football dans un pays. Nous avons également profité de nos différentes relations avec la FIFA et la CAF pour utiliser au mieux les ressources octroyées par ces structures à l’interne. Parlant du responsable marketing, je tiens à le saluer pour ces efforts. Ça nous a permis d’avoir un certain nombre de partenaires, même si ce n’était pas comme nous l’aurions souhaité. L’apport de ces différents partenaires nous a aussi permis de voir à la hausse le taux des subventions. C’est ainsi que, lorsque nous arrivions aux affaires, le taux de la subvention des clubs de première division qui était de l’ordre de 3 millions FCFA est passé en fin de notre mandat à 15 millions FCFA. Cela est un effort considérable. Également, au niveau des D2, lorsque nous arrivions cette subvention qui était de 750 mille FCFA, passe pour cette saison 2020-2021 à 5 millions de FCFA. Les équipes féminines qui ne bénéficiaient pas de subventions avant notre arrivée, reçoivent une subvention. Il en est de même pour nos ligues. Je rappelle qu’en arrivant aux affaires, nous avons trouvé que les ligues avaient des subventions véritablement dérisoires. Là aussi, il y a eu un effort. Car, même les ligues qui n’avaient pas d’équipes en première division et qui n’avaient pas de subvention reçoivent 250 mille FCFA. La subvention maximale pour les ligues qui avaient des clubs en première division était d’un million FCFA. Nous avons décidé ensuite de donner un million à toutes les ligues en faisant une particularité pour les ligues du Centre et des Hauts-Bassins qui ont le plus grand nombre de clubs. La ligue du Centre a 3,5 millions FCFA, et celle des Hauts-Bassins a 3 millions FCFA. Ce sont des efforts qui ont été faits sur le plan financier. A cela il faut noter que nous avons rehaussé les frais de déplacement. C’est la particularité de notre championnat ; sinon ailleurs lorsqu’on vous donne la subvention on ne donne plus les frais de déplacement. Au niveau de la fédération, nous prenons en charge les frais de déplacement, de restauration et d’hébergement des équipes qui se déplacent. Nous avons revu cela à la hausse, de même que la prise en charge des arbitres officiant dans notre championnat.

Au niveau de la gestion des équipes nationales, quel bilan faites-vous non seulement en termes de résultats mais aussi de l’encadrement technique ?

Pour moi c’est juste un indicateur. Mais on peut retenir simplement qu’au niveau de nos petites catégories, ces résultats sont allés cahin-caha ; on éprouve des difficultés à nous qualifier. Dans les éliminatoires, les équipes se battaient. Mais, notre préoccupation était de travailler à la relève de façon scientifique. Et à partir du moment que nous avons désormais un championnat bien structuré, nous pensons que nous pouvons espérer. Avec les cadets, nous pensons qu’il y a de l’espoir. Nous pensons qu’avec les encadrements mis en place et le championnat qui a été mieux structuré, l’espoir est permis. L’équipe CHAN a réussi à se qualifier à trois reprises. C’est une très bonne chose qui traduit la bonne santé de notre championnat local. Nous avons eu l’agréable surprise de voir notre équipe juniore remporter le tournoi des jeux africains en 2019 au Maroc, cela augure de bonnes choses. Au niveau de l’équipe fanion, on a eu des résultats assez appréciables. Tout le monde a pu voir nos Étalons se hisser à la deuxième place au niveau de la CAN 2013, en Afrique du Sud et ensuite en 2017, ils ont encore terminé sur le podium en battant le Ghana au match pour la troisième place. Et à deux reprises, on était très proche de se qualifier pour une phase finale de coupe du monde, 2014 ou on n’est tombé qu’au play-offs contre l’Algérie. En 2018, après un début difficile pour les qualificatifs de la coupe du monde, nous avons terminé très fort, finalement nous n’avons cédé que contre le Sénégal, dans les conditions que vous savez. Je pense qu’on a plutôt eu de bons résultats même s’il faut mettre un bémol, parce qu’on n’a pas pu se qualifier sur le terrain pour la CAN 2019. Mais, je me dis que cela peut être un accident de parcours. La CAN 2021 qui arrive a quand même vu un bon début pour notre équipe nationale et je pense que cela reste à consolider. Il y a eu beaucoup plus de satisfactions que de motifs d’insatisfactions.

Parlant des engagements que vous avez pris au début de votre mandat, dites-nous quels sont ceux que vous n’avez pas pu respecter ?

Les stades sont du pouvoir régalien de l’État, la fédération accompagne à travers l’apposition de pelouses et l’entretien. Il y a dans nos projections des actions qui n’ont pas pu être réalisées. Mais, comme je l’ai dit, un bilan exhaustif est en cours d’élaboration. Regardant les petites catégories, nous aurions souhaité que nos enfants puissent se qualifier pour les phases finales afin de se mesurer aux meilleurs du continent. Cela n’a pas été réalisé, le travail de base a été mené dans la structuration. A titre personnel, j’ai foi aux encadreurs des équipes de petites catégories qui ont été recrutés.  Je sens la motivation en eux ; ils sont bien partis pour permettre de nous qualifier. Il y a certainement des chantiers, mais je ne doute pas que les successeurs s’auront prendre le relai. Il ne faut pas oublier que la fédération burkinabé de football n’a pas de siège, nous sommes actuellement logés dans l’enceinte du Centre technique national. Le projet de siège a été validé par la FIFA, l’entreprise a déjà été sélectionnée pour la construction du siège sur le futur site moderne de la Fédération burkinabé de football. Il y a également les sièges des ligues régionales qui verront le jour. Nous aurions souhaité parvenir à un football professionnel. Cela n’a pas pu voir le jour. Dans nos projections, nous nous sommes dit qu’en 2020 nous aurions pu en arriver là mais la réalité du terrain nous a rattrapés, et nos équipes ne sont pas encore prêtes. Nous espérons qu’à moyen terme, voire à court terme, on parviendra à la création d’une division professionnelle dans notre championnat. Au niveau de la deuxième division, nous avions souhaité parvenir à la constitution d’une poule unique regroupant une vingtaine d’équipes, cela n’a pas pu se faire. Il y a des raisons, mais j’espère que les goulots d’étranglement pourront se résorber pour permettre que la D1 et la D2 se jouent en poule unique. Nous aurions souhaité une meilleure animation footballistique au niveau de nos régions. C’est un souhait que nous formulons de voir un plus grand nombre d’équipes de l’intérieur figurer au niveau du championnat d’élite. Là, nous aurons un championnat représentatif des réalités de nos régions.

Quelle est la suite pour vous dans le football ?

Quand vous regardez la politique nationale des sports, il est clairement indiqué que les fonctions dirigeantes du football, c’est le bénévolat. Donc je pense qu’on vient pour servir et apporter de son temps et de son énergie. Je peux vous assurer que 8 ans, c’est très fatiguant. Je pense avoir eu l’opportunité de servir le football de mon pays à ce niveau pendant 8 ans, c’est bon. N’imaginez pas que c’est un corps de métiers où il faut faire carrière. Ce sont des opportunités que l’on a de servir à un moment donné et après on prie fort pour que les autres maintiennent le cap et fassent beaucoup mieux. Ce sera mon bonheur personnel.

Propos recueillis

Par Firmin OUATTARA

 

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