Soutenances du cycle ingénieur à l’ENAFA de Matourkou :entre innovation agricole et espoirs pour la sécurité alimentaire

L’École nationale de formation agricole (ENAFA) de Matourkou a lancé, ce mardi 18 novembre, la session 2025 des soutenances du cycle ingénieur. Pendant ces journées décisives, 85 étudiants, futurs ingénieurs agronomes, pédologues et conseillers agricoles, vont présenter les résultats de dix mois de stages réalisés dans des structures partenaires. Les travaux, couvrant un large éventail de thématiques, illustrent l’engagement de la jeunesse agricole dans la recherche de solutions adaptées aux défis alimentaires du Burkina Faso.

 

Parmi les candidats, François Rouamba a défendu un travail consacré à une céréale traditionnelle souvent méconnue : le fonio. Son étude, intitulée « Évaluation agromorphologique de 19 variétés de fonio à la cinquième campagne », vise à valoriser cette culture indigène aux grandes potentialités nutritionnelles. « Notre thématique porte sur une culture indigène que beaucoup ne connaissent pas. Nous avons travaillé sur le fonio pour le vulgariser et faire connaître ses atouts aux populations burkinabè », explique-t-il.

Ses résultats montrent que certaines variétés s’adaptent particulièrement bien aux conditions climatiques du pays. « Le fonio est riche en acides aminés, notamment en méthionine. Il est recommandé aux personnes âgées, diabétiques ou encore aux nourrissons », ajoute-t-il. Il plaide par ailleurs pour un accompagnement accru de l’État, à la fois pour vulgariser les résultats de recherche et pour soutenir les producteurs désireux d’adopter ces variétés améliorées.

 

Un exercice pédagogique essentiel selon la direction de l’ENAFA

 

Le Directeur général de l’ENAFA, Dr Issa Woni, souligne l’importance de ces soutenances dans le processus de formation : « Ces stages de dix mois permettent aux étudiants de confronter la théorie aux réalités du terrain, mais également de développer l’esprit d’analyse et critique ». Selon lui, les 85 étudiants qui soutiennent cette année sont appelés à renforcer les ressources humaines du ministère en charge de l’Agriculture. Ils joueront un rôle clé pour accompagner les producteurs, améliorer les pratiques agricoles et contribuer à la réussite de l’Offensive agro-sylvo-pastorale et halieutique, un pilier majeur de la politique gouvernementale en matière de sécurité alimentaire. Le DG n’a pas manqué de rappeler leur devoir envers le pays. « Ils ont été formés grâce aux ressources de l’État. Ils doivent se montrer patriotes et mettre leurs compétences au service des producteurs afin de booster leur productivité », dit-il

 

Le blé en saison pluvieuse : une piste prometteuse

 

Parmi les recherches innovantes présentées, Bayoulou Mamadou, élève-ingénieur en agriculture, a travaillé sur une question stratégique : la possibilité de cultiver le blé en saison pluvieuse. Son étude porte sur la caractérisation agromorphologique et phénologique de trois variétés, Achtar, Kanze et Diré 16,  afin d’identifier celles pouvant s’adapter à la saison des pluies. « Nous avons obtenu des résultats valorisables. La variété Kanze, à la dose 100, a particulièrement montré un comportement favorable en saison pluvieuse », explique-t-il. Une telle avancée pourrait transformer la filière blé au Burkina Faso, actuellement limitée à la saison sèche et dépendante de la maîtrise de l’eau. « Cultiver le blé en saison pluvieuse serait une véritable opportunité pour développer la filière, étant donné que peu de producteurs disposent d’infrastructures d’irrigation », affirme-t-il. Le jeune ingénieur recommande cependant de poursuivre les recherches jusqu’à la cinquième génération afin de stabiliser les caractéristiques des génotypes. Le lancement des soutenances à l’ENAFA marque une étape importante dans la formation des futurs acteurs agricoles du pays. Entre valorisation des cultures locales comme le fonio et innovations permettant d’adapter le blé aux réalités climatiques du Burkina Faso, ces travaux démontrent que la relève est prête à contribuer à l’autosuffisance alimentaire nationale.

Aymeric KANI

Rachide SANOU/Stagiaire