Vendeurs ambulants autour du CHU Sourô Sanou : «Nous fuyons lorsque nous voyons la Brigade Laabal arriver»

Aux abords du Centre hospitalier universitaire Sourô Sanou (CHUSS) de Bobo-Dioulasso, la présence de vendeurs ambulants est devenue une scène quotidienne. Installés le long du couloir et de la devanture de l’hôpital, ces commerçants ont progressivement transformé cet espace, initialement destiné au stationnement des véhicules, en un véritable petit marché informel. Constat, le lundi 09 mars 2026.

 

Fruits, eau en sachet, jus, cache-nez, amuse-gueules et divers petits articles y sont proposés aux passants, aux patients et à leurs accompagnants. Pour ces vendeurs, l’emplacement est stratégique. L’affluence permanente autour de l’hôpital leur permet d’écouler plus facilement leurs marchandises et de subvenir aux besoins de leurs familles. Cependant, cette occupation anarchique de l’espace public n’est pas sans conséquences. Entre les étals improvisés, les clients et les véhicules qui tentent de se frayer un passage, les voies d’accès au centre hospitalier deviennent parfois difficiles à emprunter. L’étroitesse des passages et les stationnements désordonnés provoquent régulièrement des encombrements, rendant la circulation compliquée pour les usagers de l’hôpital. Malgré les interdictions, certains vendeurs continuent de s’installer dans cette zone. Sur place, nous avons rencontré une vendeuse de fruits qui a préféré garder l’anonymat. Revenue sur le site après déguerpissement par la Brigade Laabal, elle explique vivre dans l’incertitude permanente, craignant à tout moment une descente de la Brigade qui œuvre pour l’ordre et la discipline.  « Nous fuyons avec nos bagages lorsque nous voyons la Brigade Laabal arriver », confie-t-elle.

«Je suis habituée à cet endroit »

La commerçante reconnaît être consciente de l’interdiction d’occuper cet espace. Toutefois, elle affirme que les réalités économiques la poussent à continuer son activité. Mère célibataire de deux enfants, elle explique qu’elle ne bénéficie d’aucun soutien financier. « Je suis obligée de venir vendre ici pour nourrir mes enfants. Je suis habituée à cet endroit parce que j’ai des clients fidèles parmi les accompagnants et les visiteurs de l’hôpital. Si je quitte cet endroit, je devrais recommencer à zéro ailleurs », explique-t-elle.

Avec émotion, elle souhaite que les autorités puissent trouver une solution pour les petits commerçants comme elle. Selon elle, disposer d’un espace de vente organisé permettrait à ces vendeurs de poursuivre leurs activités tout en respectant les règles d’occupation de l’espace public. « Nous n’avons nulle part où aller. Si on nous chasse sans solution, que vont devenir nos enfants ? », s’interroge-t-elle.

Autour d’elle, d’autres vendeurs d’eau, de jus, de filets, de croquettes ou encore de cache-nez restent attentifs aux moindres mouvements. Habitués à ces situations, ils se tiennent prêts à plier rapidement leurs marchandises en cas d’intervention des agents chargés de l’assainissement de l’espace public.

Des usagers expliquent leur calvaire

Pour certains usagers du CHU, la présence de ces commerçants représente pourtant un service appréciable. Idrissa Sanon, venu accompagner un patient admis au service de neurologie, reconnaît que l’emplacement n’est pas approprié, mais estime que ces vendeurs jouent un rôle utile. « Quand on accompagne un malade, il est souvent difficile de quitter l’hôpital pour chercher à manger ou de l’eau. Ces vendeurs nous rendent service parce qu’ils sont proches », explique-t-il. Selon lui, une solution intermédiaire pourrait être envisagée, notamment l’aménagement d’un espace dédié à ces petits commerçants à proximité du centre hospitalier.

Sur les lieux, on peut observer plusieurs véhicules et taxis stationnés, confirmant la vocation première de cet espace réservé au parking. Entre nécessité de maintenir l’ordre public et impératif de survie économique pour de nombreux ménages, la question de la gestion des vendeurs ambulants autour du CHU Sourô Sanou reste donc un défi pour les autorités locales.

Assita TRAORÉ/Stagiaire

Zuwabwo Esther F. TIBIRI/Stagiaire