0 % au CEP à l’école Mahon “B’’ en 2017 : Les 100% de la revanche de Harouna Traoré en 2023

Harouna Traoré est professeur certifié des écoles

Harouna Traoré est professeur certifié des écoles. En 2017, il tenait une classe de CM2 à l’école primaire publique Mahon ‘‘B’’. Ses résultats ont fait les choux gras des médias et réseaux sociaux. Pour cause, 0% de réussite au CEP. Ce pédagogue n’a pas baissé les bras pour autant, au contraire. Quelques années après, il fait carton plein. Il réussit l’exploit des 100% au CEP à l’école primaire publique Samogohiri ‘‘A’’, avec 54 élèves aux examens scolaires session 2023. C’est donc un enseignant déterminé, persévérant et résilient que nous rencontrons à Orodara dans la matinée du 18 janvier 2025.

Il est 7h 30mn environ quand nous enfourchons notre moto avec pour destination Orodara, la cité du verger. Ni le froid matinal, ni les 76 km nous séparant de notre destination, encore moins la poussière et les nids de poule causés par le mauvais état d’une grande partie de la voie, n’ébranleront notre détermination. Puisque les 20 premiers kilomètres sont plaisants. Le bitume, récemment posé est sans défaut. Mais à la suite de cela, c’est la croix et la bannière. Près de 2h45mn de trajet après, nous arrivons à Orodara. Un coup de fil passé à l’enseignant pour donner notre position, et il nous rejoint aussitôt dans les minutes qui suivent. Quelques slalomes dans les ruelles de la cité du verger suffisent pour déboucher sur le domicile de Harouna Traoré. Harouna Traoré, c’est ce professeur certifié des écoles qui eut, ce qu’on peut qualifier d’un incident de parcours en 2017 et s’est rattrapé en 2023. La cinquantaine bien révolue, Harouna Traoré est marié, père de 6 enfants, domicilié à Orodara. Il est dans l’enseignement depuis 2006. Notre pédagogue soutient qu’il y est allé par vocation et était en poste à Ouolonkoto, dans la commune de Kangala. Arrivé, il tient directement des élèves en classe de CE1 qu’il conduit en classe de CM2 et a pu faire 50% à peu près à l’examen, confie-t-il. Après Ouolonkoto, Harouna Traoré est affecté à Songolo, localité située à quelques kilomètres de son ancien poste et prend service en tant que Directeur d’école, mais tenait également une classe de CM2 avec laquelle il fait un résultat de 97,82% en 2014. Il aura passé 3 ans à ce poste. De là, il demande une affectation et se retrouve à Mahon, dans la commune de Kangala. Harouna Traoré était loin d’imaginer que là-bas, il vivra l’une des pires expériences qu’un enseignant puisse vivre.

            «J’ai dit à mon directeur qu’on a un sérieux problème avec cette classe»

Une fois à Mahon, Harouna Traoré doit tenir une classe de CE2 pour amener les élèves en classe de CM2. Mais dès les premiers instants, l’enseignant trouve directement qu’il y a un problème avec cette classe. Il dit l’avoir fait savoir à son Directeur à l’époque en ces termes : «on a un sérieux problème avec cette classe». A l’entendre, le problème de niveau se posait et c’était un défi pour eux. Il avoue que le Directeur lui-même a donné en plus des méthodes de travail pour pouvoir relever ce défi. En 2017, il arrive avec ces élèves, au nombre de 46 en classe de CM2.

            «Honnêtement, les enfants-là avaient beaucoup de difficultés»

Harouna Traoré nous fait savoir qu’arriver en classe de CM2 avec les élèves, les difficultés persistaient, «mais les gens n’en ont pas parlé», dit-il. «Je pouvais rester avec les enfants-là jusqu’à 18h ou 19h pour 2 phrases. Il n’y avait pas un seul élève capable d’en déchiffrer une, en classe de CE2. J’ai tout fait pour remonter la pente», affirme-t-il. Il ajoute qu’il y a un phénomène qui gagnait du terrain en ce moment à Mahon. Des élèves perdaient connaissance, d’autres entraient en transe. Se référant à ses propos, les cours ont été perturbés durant toute l’année scolaire. «Ça non plus, personne n’en parle», dit-il avec un sourire au coin.

            «Et le “fameux’’ résultat tombe»

Les résultats du CEP sortent en 2017. L’école primaire publique Mahon “B’’ a fait un taux de 0% au CM2, la classe tenue par Harouna Traoré. La nouvelle est relayée sur les réseaux sociaux. Un résultat qui passe de travers, que ce soit au niveau du corps enseignant, qu’au niveau de la population. «Une rencontre a été tenue dans le village pendant laquelle la Directrice régionale en charge de l’éducation était là, celle provinciale aussi était présente, le CCEB était lui aussi présent ainsi que le chef et tout l’ensemble du village. On dit alors de se prononcer sur le résultat. Tous ont parlé et arrivé à mon tour, je leur ai fait comprendre que seul, je ne peux pas endosser la responsabilité de ce résultat. Je suis venu trouver une situation et j’ai essayé de remonter la pente, mais je n’ai pas pu. J’ai fait de mon mieux, ce résultat nous incombe tous», insiste-t-il.

            «Après cela, j’ai demandé une affectation»

Après le résultat de 0%, Harouna Traoré dit qu’il a demandé une affectation avec pour motif que « je veux aller chez moi à Samogohiri, car le papa ne se sent pas et je veux être à ses côtés». Chose faite, Harouna Traoré est affecté à Samogohiri en 2018. Arrivé, l’enseignant dit à son Directeur vouloir commencer avec la classe de CP1, au regard des résultats à Mahon. C’est avec cette promotion de 54 élèves, ses “produits’’ depuis la base, que Harouna Traoré fera une réussite de 100% au CEP en 2023.

            «J’étais satisfait du résultat»

Harouna Traoré fait 100% au CEP après avoir fait 0% il y a juste quelques années. Il nous confie qu’il était très satisfait du résultat et il l’est toujours. «Parce que je me suis dit que ce que j’ai fait, cela m’a donné encore plus de tonus. Je n’ai pas baissé les bras, il fallait continuer à travailler pour que les gens sachent que ce qui m’est arrivé était un incident de parcours, car j’ai hérité d’une situation», explique-t-il. Sa détermination, sa persévérance et sa résilience lui ont permis donc d’arriver à ce résultat. Pour cela, il a bénéficié de la reconnaissance de sa hiérarchie car il s’est vu décerné une attestation de reconnaissance signée des mains du Directeur provincial de l’Éducation Préscolaire, Primaire et Non Formelle du Kénédougou, Pié Coulibaly. «Cette attestation de reconnaissance est un tout pour moi», soutient Harouna Traoré. Jusqu’à cette année, Harouna Traoré est toujours en poste à Samogohiri et tient cette année une classe de CP1, classe avec laquelle il veut encore atteindre le CM2 afin de réussir à nouveau l’exploit des 100% au CEP. Le souhait de l’enseignant est de finir sa carrière en beauté. A sa retraite, il ambitionne faire de l’élevage et de l’agriculture à Samogohiri.

La communauté internationale commémore en ce 24 janvier 2025 la Journée internationale de l’éducation. Comme message, Harouna Traoré encourage les élèves à plus de travail et d’abnégation car « seul le travail paye », dit-il. Aux enseignants, il leur demande de prendre ce métier à bras le corps car c’est un beau métier.

Abdoul-Karim Etienne SANON, de retour de Orodara