D’entrée de jeu, il a prévenu. « C’est un grand jour aujourd’hui parce que nous avons décidé ce matin de venir nous entretenir avec vous dans la région du Yaadga. Et par définition, on sait bien que c’est la région où on ne porte pas de gants pour parler, où on dit la vérité de façon crue. N’est-ce pas ? Et donc ce matin, je vais parler sans langue de bois. Je vais parler de manière crue, sans porter de gants également ; je vais boxer. Donc, à bon entendeur, salut ! ».
C’est ainsi que le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré a planté le décor des échanges qu’il a eus le jeudi 16 juillet avec les forces vives de la région du Yaadga où il a séjourné. Révélations, vérités crues et fermeté : le Président du Faso n’a effectivement pas porté des gants pour dire tout ce qu’il pense ou qu’il avait sur le cœur par rapport à certains sujets. Qu’on a longtemps considérés qu’ils étaient tabous. Véritablement, avec Ibrahim Traoré, il n’y a rien de tabou. C’est sa manière de gouverner. D’ailleurs a-t-il dit : « Nous ne sommes pas des politiciens. Nous, on affronte les problèmes et on les résout ».
A Ouahigouya ce 16 juillet, le Président Capitaine Ibrahim Traoré a décidé de « choquer » (c’est son terme) les Burkinabè. Tout simplement parce qu’il semble que malgré les efforts consentis, certaines consciences continuent de sommeiller et tendent à s’endormir. « Il faut qu’on se réveille ! », a martelé le Président du Faso. Pour l’une des rares fois, parlant de la domination impérialiste, il a ouvertement évoqué l’impérialisme arabe qui fait autant de mal, sinon plus de mal à l’Afrique que l’impérialisme occidental.
Ainsi, ceux qui pensaient que les questions liées à la religion, notamment musulmane, étaient exclusivement réservées à des cercles fermés, ont entendu de leurs oreilles ce qu’ils ne voudraient jamais entendre. Si nous sommes dans cette situation de terrorisme, c’est parce qu’on a rendu des gens tellement extrémistes qu’ils estiment que ceux qui ne pensent pas et ne pratiquent pas la même religion qu’eux, sont des « cafres », des gens avec lesquels on ne doit pas vivre, et à éliminer s’il le faut. A ce sujet, le Président a été clair : « nous allons encourager ceux qui font de bons prêches ». Par contre, tous ceux qui font le contraire, « nous allons les combattre ».
Des tensions au sommet de l’Etat, Ibrahim Traoré a été clair : « le contexte que nous vivons ce n’est pas le contexte de 1987. Que ce soit clair : moi je n’étais pas en prison et quelqu’un est venu me chercher pour me mettre au pouvoir ». « Moi quand je quittais avec mes hommes, j’étais en tête. Il n’y avait pas un seul soldat devant moi… Evitez de faire de l’amalgame : il n’y a ni numéro 1, ni numéro 2, ni numéro combien… Il n’y a pas deux capitaines dans un bateau. C’est clair, c’est net ». « Si quelqu’un merde, je vais te mâter, sans état d’âme ». Sans commentaire.
Dabaoué Audrianne KANI
