
Angelina Wibga est l’invité de notre rubrique de la semaine. Informaticienne de formation et journaliste, elle est la promotrice de « The Golden T International ». Cet événement existe depuis 2019 et vise à faire des campagnes de sensibilisation et de dépistage du cancer du sein. Dans cet entretien, elle revient sur son engagement dans la sensibilisation et la lutte contre cette maladie qui fait ravage au sein de la gent féminine de nos jours.
Vous êtes la promotrice de « The Golden T international », pourquoi cet événement ? D’où est venue l’idée d’organiser cet événement ?
« The Golden T International » est né à partir du décès de mon père auprès de qui je suis restée un mois au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo. Il est décédé d’un cancer de prostate. J’ai vu que les produits étaient excessivement chers, et j’ai suivi pas à pas l’évolution de la maladie jusqu’à la fin. C’est une maladie très grave et tout un chacun doit être au courant de tous ses rouages.
Pourquoi avoir choisi l’accompagnement des malades du cancer du sein ? Y a-t-il une histoire particulière derrière ?
Deux mois après le décès de papa, je suis allée voir son médecin traitant qui officie également au Centre hospitalier universitaire de Bogodogo pour lui demander ce que je peux faire pour que les gens puissent connaître mieux cette maladie. Le médecin traitant de papa m’a dit de voir plus du côté du cancer du sein, car c’est le cancer le plus récurrent au Burkina Faso et en Afrique. Qu’il préférait que je fasse mieux connaître le cancer du sein plutôt que celui de la prostate. Deux semaines après, j’ai fait monter un projet là-dessus. C’est ainsi que « The Golden T International » est né.
Parlez-nous des éditions passées
Tout début est très difficile, au début ça a été difficile d’avoir les partenaires, des financements. Je n’avais pas non plus un comité d’organisation. J’ai organisé la première édition uniquement avec mon directeur artistique. Il était basé à Bobo-Dioulasso. Donc de Bobo, il m’appelait pour me donner des directives. Avant la tenue de l’événement, il donnait les étapes à suivre. J’ai donc organisé la première édition presque toute seule, du dépôt des dossiers, des interviews aux rencontres. Ça n’a pas été facile. On n’a vraiment pas eu de financement, c’est une société de brasserie qui nous a soutenus avec de la boisson. Il y a des amis qui nous ont donné des enveloppes pour organiser la première édition jusqu’à la quatrième. Ce n’était pas simple. L’année passée c’était la cinquième édition. C’est toujours difficile, cependant les 4 soirées se sont toujours bien passées. Après la deuxième édition, on a arrêté la collecte de fonds et on a initié miss Golden T International en 2020. Elle se poursuit toujours d’ailleurs. Au total, depuis l’existence de l’évènement, on a pu sensibiliser près de mille femmes sans oublier les campagnes de sensibilisation que nous faisons sur notre page à travers nos miss et dauphines. Il y a également les conseils des différents médecins. On a eu des oreilles attentives et des dépistages au niveau des services et parfois même au niveau des domiciles.
Comment se fait cet accompagnement des malades souffrant du cancer du sein après la collecte des fonds ?
L’accompagnement à notre niveau est plus psychologique. On a un psychologue maison qui s’entretient avec les malades, vu qu’on n’a pas assez de financement. L’accouchement psychologique peut aider également les malades. Aux deux premières éditions, quand on a fait la collecte de fonds, on a payé des vivres pour remettre à des malades. Cela a été fait par les miss accompagnées de moi-même. Après on a arrêté, car le problème est plus profond. Cela ne veut pas dire que la nourriture n’est pas profonde, mais connaître la maladie et l’éviter est encore mieux.
Quels sont vos plus gros défis ?
Le plus grand défi c’est de pouvoir sensibiliser le maximum de personnes et voir que dans dix ans, il y ait moins de malades. Le cancer du sein, c’est quand on est triste, on consomme beaucoup de sucre, d’huile, d’alcool et quand on est prédisposé c’est à dire quand on a un membre de la famille qui est décédé de cette maladie. Donc il faut se faire dépister à tout moment pour que si ça débute, qu’on puisse guérir la maladie. Donc le plus gros défi c’est d’avoir un cancer zéro d’ici dix ans.
En plus de l’événement, quelles autres activités vous menez ?
En plus de « The Golden T International », je suis dans la communication, je suis journaliste et entrepreneur. Je suis dans l’agroalimentaire notamment dans la laiterie. Je vends du yaourt, du dêguê, du gapal.
Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face dans vos activités ?
La plus grande difficulté, c’est le manque de clientèle. Je fais de mon mieux sur le net, mais ce n’est pas si facile parce qu’on est nombreux à mener les mêmes activités. Il y a parfois aussi les finances qui font défaut. La matière première en ce qui concerne l’agroalimentaire, souvent le bon lait fait défaut pour faire du bon yaourt. Si le gouvernement pouvait s’y pencher et nous permettre d’avoir du bon lait pour faire de bons produits.
Que pensez-vous de l’entrepreneuriat féminin au Burkina Faso ?
L’entrepreneuriat féminin au Burkina n’est pas si facile. Quand tu es une femme qui entreprend surtout dans l’événementiel, tu es souvent sujet de propositions indécentes. Je n’ai jamais rencontré de propositions indécentes, parce que jusque-là, ce sont des gens que je connais très bien depuis longtemps, des amis de mon mari, de mes sœurs et frères, mes propres amis que je rencontre et qui me soutiennent. Au niveau du gouvernement, non plus aussi. Franchement il n’y a pas de difficulté, jusque-là, je n’ai jamais eu de problème pour rencontrer une autorité. Quand je dépose ma demande d’audience, on me l’accorde.
Une femme qui entreprend et réussi bien est souvent mal vue. Les gens penseront qu’elle a fait la promotion canapé pour y arriver. Il faut que les gens sortent ça de leurs têtes, qu’ils sachent que les femmes sont assez intelligentes pour réfléchir et arriver où elles veulent.
Des conseils pour les futures entrepreneures ?
À vous futures entrepreneures, ayez un bon mindset, un esprit fort. Bousculez la chance, essayez de vous faire un bon carnet d’adresses.
Aïcha TRAORE