Après le forcing, Alassane veut la réconciliation

Indéniablement, la délivrance des deux passeports (un ordinaire et un autre diplomatique) à l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo qui vit en exil à Bruxelles sonne comme une véritable volonté du président Alassane Ouattara d’aller à la réconciliation dans son pays. Après son élection controversée, contestée et les manifestations qui l’ont suivie, le président ivoirien a enfin compris que son pays a besoin de se réconcilier avec lui. Si tel est véritablement le cas, on pourrait assister à l’élargissement de tous les autres prisonniers politiques et au retour des exilés. Dont justement, le président Laurent Gbagbo (et accessoirement Guillaume Soro). Qui, dès qu’il aura l’occasion n’hésitera pas à fouler le sol ivoirien où il sera le bienvenu. Mais, cela est un autre débat car il y aura certainement des préalables. En outre, Laurent Gbagbo est condamné à 20 ans de prison dans l’affaire du braquage de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) intervenu pendant la crise politique en 2003.

En effet, la Côte d’Ivoire ou du moins les Ivoiriens ont grandement besoin de se réconcilier. Surtout au niveau de l’élite politique qui ne fait pratiquement rien pour que le pays tourne définitivement les pages sombres de ces crises qui l’ont longtemps secoué. Pour des intérêts personnels et des ambitions purement égoïstes ils ont travaillé pendant longtemps à opposer les Ivoiriens les uns aux autres. C’est par eux que sont apparus les Ivoiriens du Nord et les Ivoiriens du Sud. C’est par leurs actions néfastes qu’on parle d’Ivoiriens Dioula et d’Ivoiriens non Dioula. Ce sont encore par eux qui ont introduit dans le langage et le comportement ivoirien le terme “étranger” qu’il faut voir comme celui qui est venu piller les ressources de la Côte d’Ivoire. Bravant ainsi l’héritage de paix, de vivre-ensemble et de cohésion durement construit par le père de l’indépendance, le président Félix Houphouët-Boigny.

Au demeurant, si Alassane Ouattara réussit à faire la réconciliation, il entrera dans l’histoire de la Côte d’Ivoire. En principe, cela ne devrait pas être la mer à boire. Car visiblement Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié, Pascal Affi N’Guessan, les autres et lui-même Alassane semblent avoir compris qu’ils ont longtemps pris les Ivoiriens en otage. Et qu’il est temps de leur permettre de vivre ensemble, de construire ensemble l’avenir du pays. Dans tous les cas, qu’ils le veuillent ou pas, tôt ou tard, ils seront amenés de gré ou de force d’aller à la réconciliation. Indéniablement, les Ivoiriens ne continueront pas à les suivre dans ces errements qui les empêchent de vivre ensemble, en paix. Un pays ne peut durablement se construire dans la division, dans l’adversité politique perpétuelle. Locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire a besoin de l’ensemble de ses ressources (humaines et économiques) pour jouer ce rôle et permettre ainsi à cet espace de poursuivre ses actions de développement. Au cas contraire, la classe politique ivoirienne en portera toute la responsabilité.

Dabaoué Audrianne KANI

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