Autant le dire… :A boulets rouges sur l’ONU, mais à quoi cela servira-t-il ?

A l’occasion de son Assemblée générale, marquant en même temps son 80e anniversaire, l’Organisation des Nations a été la cible de plusieurs discours tenus à sa tribune. Des discours des Premiers ministres de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) (pour être plus proche de nous) en passant par ceux des pays généralement mis sur le banc des accusés, le verbe n’a pas été tendre. La virulence des discours et les mots choisis pour dénoncer les tares de l’Organisation sont tels que celle-ci ne peut rester insensible au risque de créer elle-même en son sein les conditions d’une refondation précipitée.

Il est évident que 80 ans après, l’ONU ne devrait plus être dans le format que les pères fondateurs lui ont donné. Les lendemains de la deuxième Guerre mondiale ne sont plus les mêmes qu’au 21e siècle. L’Onu n’a pas su ou voulu s’adapter à l’évolution du monde si bien qu’elle apparait aujourd’hui comme étant le problème et non la solution avec la mainmise de quelques puissants de ce monde ou leurs protégés qui le cachent plus.

Sinon, comment comprendre la posture du Premier ministre Israélien avec le soutien implicite des Etats-Unis, venu spécialement à la tribune de l’ONU pour justifier le massacre, pour ne pas dire le génocide, du peuple palestinien à Gaza. Et dire qu’il y a eu dans la salle des gens pour l’applaudir à rompre, c’est le comble de l’inhumanité et le refus à un peuple à l’autodétermination.

Au Sahel, les gouvernements des pays membres de l’AES ne cessent de dénoncer, avec des éléments de preuve à l’appui, le soutien de la France aux groupes armés terroristes qui tuent des populations civiles innocentes, pillent leurs biens et les contraignent au déplacement chez eux. Mais jamais l’ONU ou aucun de ses organes ne s’est saisi de cette question. Ce qui fait dire que l’ONU a choisi son camp, celui de la souffrance des peuples du Sahel. N’est-ce pas cela qui explique les positions de ses peuples à son égard ? Récemment, les trois pays ont décidé de quitter, avec effet immédiat, le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, justement parce que cette Cour n’assure plus la sécurité et la paix des peuples du Sahel.

Créée en 1945 sur les cendres de la Sociétés des Nations pour faire régner la paix, la sécurité et les droits de l’homme à travers le monde, l’ONU est depuis un certain moment incapable d’appliquer elle-même ses propres résolutions. En clair, les cinq pays membres qui possèdent le droit de véto sont les premiers à fouler aux pieds les décisions et résolutions de l’organisation internationale. Eux-mêmes étant les premiers à ne pas respecter, directement ou indirectement les droits de l’homme ; s’ils ne sont pas le parapluie de pays qui s’arrogent le droit de ne respecter aucune de ses résolutions. En clair, comme l’a dit le Premier ministre burkinabè, l’ONU est devenue un instrument aux mains des plus puissants pour brimer les plus faibles. Si bien qu’on peut bien s’interroger sur ce que ces diatribes lancées contre elle à l’occasion de son 80e anniversaire peuvent changer. Ce d’autant plus que ce n’est pas la première fois que la refonte de l’ONU a été publiquement réclamée.

Dabaoué Audrianne KANI