Autant le dire… : CEDEAO-AES, pourvu que la compétition soit saine

Réunis en session ordinaire le 14 décembre sur un ordre du jour non moins extraordinaire, les chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont pris et annoncé plusieurs importantes décisions portant sur la sécurité et à la lutte contre le terrorisme dans la région, mais également sur la stabilité politique et démocratique et l’économie dans l’espace qui regroupe désormais 13 pays. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ayant quitté l’organisation et ont créé l’Alliance des Etats du Sahel (AES) au sein de laquelle ils évoluent.

Alors que le Conseil paix et sécurité de l’organisation a décrété « l’Etat d’urgence » sur l’ensemble du territoire qu’elle couvre après le coup d’Etat manqué contre le régime du président Patrice Talon au Bénin, les chefs d’Etat et de gouvernement ont décidé de l’opérationnalisation très prochainement de la Brigade régionale de lutte contre le terrorisme dont l’objectif affiché est de contrer sérieusement les groupes armés terroristes et mettre ainsi fin au phénomène dans la sous-région. Mais conscients qu’une telle lutte ne peut être gagnée sans une synergie d’action avec les Etats de l’AES, « la conférence exhorte les Etats membres à œuvrer avec la Commission de la CEDEAO à maintenir le dialogue avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger en vue d’une collaboration efficace et renforcée pour faire face à la détérioration de la situation sécuritaire dans la région ». Abordant plusieurs autres questions, les chefs d’Etat et de gouvernement ont exhorté la commission de l’organisation à hâter le pas dans leur mise en œuvre effective. Parmi ces questions, figure celle de la monnaie commune, plusieurs fois abordée mais plusieurs fois remise à plus tard.

A l’analyse, tout porte à croire que la CEDEAO ayant constaté le grand retard qu’elle a connu dans la mise en œuvre de certaines politiques régionales, veut désormais hâter le pas. Sans doute que le départ des trois pays de l’AES y est pour quelque chose. Car, à l’AES, on est passé des longs discours et des longues promesses aux actes. En seulement deux années d’existence, l’AES tend à rattraper la CEDEAO dans la prise de décisions et surtout de mise en œuvre concrète de certaines actions telles que la Force unifiée de l’AES composée de plus de 5 000 soldats pour une défense collective contre le terrorisme et la création d’une monnaie commune dont les réflexions sont très avancées.

Si dans le cadre de l’AES et de la CEDEAO on ne peut pas parler de compétition parce que les deux organisations partagent pratiquement le même espace et les mêmes réalités, on a envie de dire tout de même qu’à quelque chose malheur est bon. Autrement dit, il a fallu que le Burkina, le Mali et le Niger quittent la CEDEAO pour que celle-ci se réveille et veuille aujourd’hui rattraper tout le retard qu’elle a accumulé. C’est tant mieux ! Pourvu que toutes ces actions se prennent dans l’intérêt de l’ensemble des populations des deux organisations qui ne connaissent pas de frontière ni terrestre, ni économique, ni culturelle, ni sociale. Peut-il en être autrement quand on sait que les populations sont prêtes à prendre leurs responsabilités ?

Dabaoué Audrianne KANI