On a l’impression, depuis des années, que parler de la religion et des dérives de certaines pratiques religieuses relève du tabou. Même au plus haut niveau, parlant de l’Etat. Au seul motif que les questions religieuses sont si sensibles qu’en parler peut porter préjudice à la cohésion sociale et au vivre-ensemble. Aussi, se satisfait-on de saluer un prétendu dialogue interreligieux qui en vérité n’est qu’une couche de vernis qui couvre une autre réalité si bien que si l’on n’y prend grade dès à présent, la pratique religieuse telle qu’on la voit au Burkina Faso, risque de porter un grand coup à la cohésion sociale et à la paix.
C’est dans cette dynamique que la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) a été obligée, sans doute malgré elle, de sonner fortement l’alerte à travers un communiqué publié le 12 juin dernier et dont les termes traduisent un certain malaise et une sorte de fermeté. Malaise parce que l’Etat refuse de prendre publiquement ses responsabilités face « aux attaques répétées (contre l’islam et ses fidèles) qui brisent l’harmonie séculaire de notre société ». Fermeté parce que « la FAIB s’assumera et mettra chacun face à ses responsabilités ». Car, « il est temps que l’impunité dont jouissent certains fautifs cède la place à la rigueur de la loi. La justice doit s’exercer pleinement pour protéger tous les citoyens, quelle que soit leur confession, contre les actes et propos haineux ».
Et nous y sommes. A la décharge de l’Etat, on peut dire que les gouvernements successifs ont toujours produit des communiqués pour dénoncer le discours haineux et rappeler à chaque Burkinabè, l’obligation de cultiver la cohésion sociale et la paix. Des personnes ont, à cet effet, été traduites devant la justice et ont été condamnées. Malheureusement, si le discours haineux se poursuit et les actes antireligieux de plus en plus graves, c’est que ces mesures n’ont pas été suffisamment dissuasives.
Que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les paroles et dans le vécu au quotidien, osons dire que les Burkinabè n’ont jamais été d’accord sur les pratiques religieuses. Il n’y a qu’à écouter les discours des uns et les autres, suivre les débats et observer les comportements dans les secteurs et les voisinages pour s’en rendre compte.
Des voisins refusent de se fréquenter et de s’assister parce qu’ils ne pratiquent pas la même religion. Au nom de la religion, on traite d’autres citoyens de mécréants et de cafres comme si une religion était supérieure à une autre, ou un individu à un autre parce qu’il pratique telle ou telle autre religion. L’intolérance religieuse est une réalité au Burkina Faso, même si chacun fait semblant de ne pas la voir et de la désigner comme telle.
La FAIB a tiré sur la sonnette d’alarme. Avant elle, d’autres personnes, des associations et des organisations ont fait de même. Malheureusement, tout porte à croire qu’elles n’ont pas été suffisamment entendues. Il est donc temps, vraiment temps, que chacun, et surtout l’Etat prenne ses responsabilités avant qu’il ne soit trop tard.
Dabaoué Audrianne KANI
