Rendu public la veille, dimanche soir, le gouvernement français de Sébastien Lecornu a démissionné le lendemain lundi 6 octobre 2025 dans la matinée. S’expliquant devant les Français, le Premier ministre du plus éphémère gouvernement français de la Ve République a justifié que les acteurs politiques dont aucun camp n’a la majorité à l’Assemblée nationale, refusent de faire des « compromis ». En outre, aucun camp n’est prêt à gouverner avec un autre, chacun est de son côté et veut que ce soit sa politique qui s’applique. Alors qu’il était sur le point de trouver des solutions pour gouverner la France, tout a chaviré ce lundi matin après une rencontre d’une heure avec le président Emmanuel Macron.
Scénario inattendu, la démission de Sébastien Lecornu nommé le 9 septembre dernier constitue une crise politique qui n’est pas étrangère à celle que vit la France depuis qu’Emmanuel Macron a dissout, le 9 juin 2024, l’Assemblée nationale après la large victoire du Rassemblement nationale aux élections européennes. Depuis, l’instabilité politique s’est installée après les législatives qui ont suivi le 30 juin pour le premier tour et le 7 juillet pour le second tour à l’issue desquelles, aucun parti ni camp politique n’a remporté la majorité absolue.
Depuis cette démission, les positions se sont encore radicalisées davantage. Alors que les uns exigent la démission, à défaut la destitution, du chef de l’Etat lui-même, l’organisation d’une élection présidentielle anticipée (le mandat d’Emmanuel Macron prend fin en mai 2027), les autres pensent qu’il faut dissoudre de nouveau l’Assemblée nationale et tenir dans les 20 ou 40 prochains jours des élections législatives. Comme les uns et les autres, tous pensent que c’est à travers des élections présidentielle ou législatives que la crise trouvera une solution parce que les sondages les ont persuadés qu’ils remporteront la présidentielle ou les législatives. Ce qui leur permettrait de gouverner la « grande France ». N’est-ce pas ce que le Premier ministre démissionnaire a qualifié « d’appétits partisans » qui devraient en principe faire place « la préférence pour son pays » ?
Pendant ce temps, la France n’a pas de gouvernement. Elle n’a pas non plus de Budget qui est le prétexte avancé pour justifier cette crise parce que pour les uns comme pour les autres, les deux précédents Budgets des Premiers ministres Michel Barnier et François Bayrou n’avaient pas pris suffisamment en compte les préoccupations des Français. Ce qui avait justifié la censure de leurs gouvernements par l’Assemblée nationale. Que cela soit le cas ou non, les mêmes préoccupations que les uns et les autres prétendent défendre sont actuellement en l’état et font place à des débats inopérants de positionnements partisans, très personnels.
A l’analyse, la France est devenue ingouvernable à tel point qu’elle est devenue la risée de nombreux observateurs qui voient à la classe politique, pour ne pas dire le modèle politique français, une certaine décrépitude. Entre un Rassemblement national qui a choisi de faire de l’immigré le problème des Français, un gaullisme qui a disparu avec les derniers vrais compagnons de De Gaulle et un socialisme pur qui encourage moins au travail, les Français n’ont pas su s’adapter aux changements politiques mondiaux de ces dernières années. D’où cette crise dont la sortie doit inéluctablement reconfigurer le paysage politique.
Dabaoué Audrianne KANI
