Autant le dire… : l’ONEA a cherché la bouche des Burkinabè, elle l’a eue !

Si des abonnés doivent près de 35 milliards de FCFA à l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA), est-ce de leur faute quand on sait que la nationale de l’eau dispose d’un système de réclamation et de recouvrement de ses créances ? Même si ce dispositif ne fonctionne pas avec ces « supers abonnés », l’Office peut disposer d’un autre moyen pour contraindre ses abonnés indélicats à s’acquitter de leurs créances. Mais de là à faire appel à la Brigade Labaal, dont les missions sont biens connues, pour réquisitionner des personnes et les envoyer au front ou sur des chantiers pour des travaux d’intérêt général, il y a un pas qu’il faut véritablement refuser de franchir. Après le front ou les travaux d’intérêt général, on fait quoi ?

Ce n’est pas parce que nous sommes dans une Révolution qu’il faut mélanger les genres. Si la Révolution c’est l’ordre et la discipline pour les individus, cela vaut aussi pour la gestion du service public. L’ONEA a cherché la bouche des Burkinabè, et elle l’a eue. Il n’y a qu’à lire les commentaires sur les réseaux sociaux pour comprendre que les Burkinabè veulent le changement, mais que cela soit à tous les niveaux. Ils sont prêts à faire des sacrifices, mais pas n’importe lesquels.

L’Office national de l’eau et de l’assainissement a pour missions, entre autres, de permettre aux Burkinabè d’avoir accès à de l’eau potable dans de meilleures conditions pour leur consommation. Est-ce que l’Office remplit convenablement cette mission ? Dans de nombreuses villes et secteurs, on a l’impression que l’ONEA coupe l’eau quand il veut et la ramène quand il veut. Des abonnés, dans de nombreux secteurs à travers nos villes, sont obligés de veiller la nuit pour guetter la moindre goutte d’eau qui, généralement, vient rarement. Et quand elle vient, c’est juste pour quelque temps. Il faut encore attendre la prochaine goutte d’eau. Mais, quand ?

Quant aux fuites d’eau, les habitants des secteurs connectés au réseau d’eau en sont habitués. Et le plus souvent, c’est toujours aux mêmes endroits et à des intervalles réguliers comme si on les avait programmées. C’est sans doute pour cette raison que le ministre Sombié, désormais chargé de l’eau, a donné la possibilité aux habitants de se plaindre à d’autres numéros si trois heures après avoir été informés les services de dépannage de l’ONEA ne sont pas intervenus.

En demandant à la Brigade Labaal de se substituer à ses services pour contraindre des créanciers à leur payer leur argent, les services de recouvrement de l’ONEA fuient leurs responsabilités. D’ailleurs, ils font rarement du recouvrement.

Il existe un contrat entre l’ONEA et chaque abonné. Si l’ONEA n’est pas en mesure de faire respecter les termes dudit contrat, ce n’est pas à la Brigade Labaal, dont les missions sont bien connues de le faire à sa place.

En outre, si la Brigade Labaal veut que les Burknabè lui restent fidèles et continuent de lui accorder le crédit dont elle jouit jusqu’à présent, qu’elle enlève sa bouche dans des choses qui ne la regardent pas et se contente de faire régner l’ordre et la discipline. Si l’ONEA a servi de l’eau à certains de ses gros clients pendant longtemps et à hauteur de plusieurs millions de FCFA parce qu’il leur a fait confiance, il lui revient d’aller réclamer son argent. Et l’ONEA sait très bien comment le faire.

Dabaoué Audrianne KANI