Autant le dire : Mangeons le tô, le gonré et … portons aussi le Faso Danfani ou le Koko Dunda

C’est le propre du Burkinabè. Fais ce qu’il dit mais ne fais pas ce qu’il fait. Ils sont aujourd’hui nombreux ces Burkinabè à chanter sur tous les toit produisons ce que nous consommons et consommons ce que nous produisons!» Alors que dans les faits, ils sont plus nombreux à ne pas préférer ce que nous produisons, notamment nos plats locaux. Autrement, beaucoup de
Burkinabè n’aiment pas les plats typiquement burkinabè. La preuve : combien sommes-nous en réalité à aimer, par exemple le tô ? Qu’il soit à base de farine de maïs, de mil ou de petit mil, ou encore de riz local, de sorgho rouge ?

Il y a des Burkinabè et ils sont aussi nombreux, que le fait d’entendre tô, leur coupe l’appétit. Alors que le tô, en plus du riz, constitue l’aliment de base dans de nombreuses familles modestes. Allez dans les campagnes ou en milieu rural et on se rendra compte combien le tô est important, voire incontournable dans l’alimentation de base des Burkinabè. Si bien que lorsqu’on demande aux Burkinabè de consommer ce qu’ils produisent, on a envie de se demander si cela ne s’adresse qu’à ceux qui peuvent avoir d’autres repas exotiques. Ainsi, à la place du fouri, du bambara par exemple, ils préfèrent les saucissons et les pizzas.

Consommer burkinabè doit commencer par aimer et consommer le tô avec ses multiples sauces qui est un repas plus ou moins typiquement burkinabè. Il doit en être ainsi pour beaucoup d’autres plats (gnongon, zamènè, bambara, sara-miri pour ne citer que ceux-ci) qui sont des plats typiquement burkinabè. Peu importe qu’ils soient enrichis et que leur cuisson soit améliorée, ils demeurent
des plats burkinabè. Consommer burkinabè, c’est aussi boire ce qui
est produit au Burkina Faso. Et les boissons et jus, nous savons en faire. Du jus de poudre de « pain de singe » au jus de pois sucré, en passant par le bissap et le jus de gingimbre, on en produit suffisamment. Le bandji, le dolo rouge,
l’hydro-miel… sont des boissons alcoolisées de chez nous. Mais combien sommes-nous à les préférer au vin rouge cabernet, moelleux ou au champagne pour ceux qui en ont les moyens et surtout l’habitude ? Dans la même dynamique, des Burkinabè ne portent le Faso Danfani et le Koko Dunda par exemple que lorsqu’ils sont obligés de le faire. Et même là, la coupe est européenne (veste). Pour ne rien arranger, ils le qualifient de cotonnade pour
ce qui concerne le Faso Danfani ou de tenue traditionnelle qui leur occasionne des démangeaisons quand ils le portent. Et pourtant, ce sont les mêmes
qui, sur les plateaux de débats, notamment à la télévision ou à l’occasion des meetings ou des grandes manifestations, crient à tout rompre : « consommons ce que nous produisons et produisons ce que nous consommons ».

« Produisons burkinabè et consommons burkinabè » ne peut être seulement
sur les bouts des lèvres. A commencer par tous ceux qui sont censés l’incarner. Finalement, l’on se demande à juste titre si ce slogan-là ne s’adresse-t-il qu’à une certaine petite bourgeoisie compradore qui compte bien maintenir ses habitudes…occidentales.

Dabaoué Audrianne KANI