Autant le dire… :restons-là, ça n’arrivera pas qu’au Mali seul !

Le blocus sur le carburant actuellement au Mali doit interpeller, voire mobiliser et engager, à la fois l’ensemble des pays de la sous-région ouest-africaine (de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest et de l’Alliance des Etats du Sahel) que ceux de la communauté internationale. Car, il est illusoire, à la limite irresponsable de croire que ce qui se passe au Mali ne regarde que les seuls Maliens. Il est dangereux et irréfléchi de ne pas savoir que si le Mali souffre et si par malheur il sombre (touchons du bois) les pays de la sous-région seront épargnés. Il n’y a qu’à suivre l’actualité au Soudan et en Libye pour se rendre compte que le terrorisme que nous vivons au Sahel et dans la sous-région est la conséquence du chaos qu’on a créé en Libye et le laisser-faire organisé au Soudan.

Qu’aucun pays, qu’aucun peuple ne se trompe : autant nous serons tous responsables de ce qui arrivera au Mali et à son peuple, autant nous en paierons ensemble le prix et en souffrirons tous ensemble. Le peuple malien a pris des options politiques qui ne contentent pas tout le monde. Comme l’ont fait le Burkina Faso et la Niger. Mais cela n’est pas une raison suffisante pour ne pas assister son voisin alors que le feu est en train de prendre sa case. Si l’on oublie cet adage africain, l’on doit s’attendre à ce qu’après la case au Mali, ce soit une case ailleurs dans un autre pays et ainsi de suite. Ce n’est pas un souhait, mais une vérité car c’est ainsi que fonctionnent les groupes armés terroristes.

Autant ils n’ont pas de frontière, autant ils n’épargnent aucun peuple. Quand le phénomène a commencé à se développer au Mali en 2012, au Burkina Faso et au Niger, on le regardait de très loin. Aucun de ces pays ne sentait directement concerné. Pire, quand on a attaqué et déstabilisé la Libye, tous les dirigeants africains sont restés de marbre comme si cela ne concernait que les Libyens et n’engageait que les Libyens. Depuis plus de dix ans, les terroristes sont dans presque tous les pays en Afrique de l’Ouest. Si on les laisse faire au Mali, ils feront tôt ou tard ce qu’ils sont en train de faire dans ce pays dans d’autres pays. La CEDEAO et la Confédération-AES, n’ont pas des objectifs opposés en matière de lutte contre le terrorisme. Au contraire, les deux organisations avaient déjà dit leur disposition à travailler ensemble dans ce sens. Du reste, pris individuellement, les pays de la sous-région ont la possibilité de s’engager auprès du peuple du Mali pour combattre les groupes terroristes.

Les camions citernes de carburant qu’incendient les terroristes n’appartiennent pas aux seuls transporteurs maliens ; les chauffeurs qui prennent les risques et dont certains ont été tués ne sont pas que des Maliens. Les difficultés que subit l’économie malienne sont ressenties au-delà du Mali. Les pays et les peuples africains doivent apprendre à surpasser les égos personnels de nos dirigeants et les considérations politiciennes pour envisager un avenir global pour toute l’Afrique. C’est en cela que nous serons respectés !

Dabaoué Audrianne KANI