Blaise Compaoré à Ouagadougou : Qui a fait mentir le Premier ministre ?

Albert Ouédraogo, Premier ministre.

La polémique sur le court séjour de Blaise Compaoré au pays de ses ancêtres, commençait à faire moins de bruit dans les médias, les réseaux sociaux et autres gargotes. Mais, à la faveur de l’interview du Premier ministre Albert Ouédraogo, le mardi 23 août dernier à la Télévision publique RTB, le sujet a refait surface de façon quelque peu fracassante. Répondant à une question des journalistes sur le sujet, le Premier ministre burkinabè a répondu que : « avant que M. Blaise Compaoré ne vienne, il y a eu des démarches au préalable ». Et qu’à l’occasion « nous avons rencontré la famille de Thomas Sankara, notamment Mariam Sankara pour  l’informer de cette situation et de ce que nous comptons faire ». Dans la même veine, le Premier ministre Albert Ouédraogo affirmait que « nous avions également approché le Conseil supérieur de la magistrature pour l’informer de la démarche  que nous sommes en train de mener et de rassurer que nous ne sommes pas dans la logique de tordre le cou à la justice ou de consacrer l’impunité ».

Hélas pour le Premier ministre ! Le 27 août dernier, la famille du défunt Thomas Sankara apporte « un démenti sur les propos du Premier ministre ». A travers ce communiqué, « nous sommes étonnés d’entendre ces propos du Premier ministre car nous avons appris la nouvelle de la venue de Blaise Compaoré à travers les médias tout comme beaucoup d’autres Burkinabè », annonce la famille Sankara.

De même, « le Conseil supérieur de la magistrature est cependant au regret de ne pouvoir s’associer à  l’information ainsi donnée, n’ayant jamais été approché sur la question » de la venue de Blaise Compaoré à Ouagadougou. « Si le Conseil supérieur de la magistrature a bel et bien rencontré son Excellence Monsieur le Président du Faso le 16 juin dernier, juste avant sa deuxième session ordinaire des 16 et 17 juin, la venue de l’ex-Président Blaise Compaoré n’a pas été évoquée à cette rencontre », précise le Conseil supérieur dans un communiqué daté du 29 août 2022.

Ces démentis sans ambages appellent une question toute simple : qui a fait mentir le Premier ministre ? D’autant que manifestement il n’a pas lui-même conduit ces « démarches préalables ». Un autre ministre avant lui avait été obligé de présenter ses excuses à la représentation nationale et au peuple burkinabè, parce qu’on lui avait fait mentir à l’hémicycle. Il est tant que la question soit élucidée au plus vite et que les décisions que cela implique soient prises avec diligence et sans légèreté. Il y va de la crédibilité d’une haute institution comme le Premier ministère.

En effet, l’ex-président Blaise Compaoré est arrivé à Ouagadougou, le jeudi 7 juillet 2022 pour une rencontre entre les anciens chefs de l’Etat et l’actuel. Une arrivée qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive. La rencontre avait été escamotée, puisque seul Jean Baptiste Ouédraogo s’était rendu à ce rendez-vous comme ancien président du Faso. Yacouba Isaac Zida, Machel Kafando et surtout Roch Marc Christian Kaboré avaient fait faux bond, pour des raisons diverses diversement appréciées. Les partisans du pour, favorablement au retour de l’ex-président Compaoré ont vu dans ce rendez-vous le premier véritable pas vers la réconciliation nationale tant prônée. Les contres, ont dénoncé la présence de l’ancien président Compaoré dans la capitale burkinabè comme un déni de justice. Arguant que celui-ci venait d’être condamné par la justice burkinabè dans le procès de l’assassinat de son prédécesseur Thomas Sankara et 12 autres. Pour ces derniers, l’ex-président devait être conduit en prison à sa descente d’avion à Ouagadougou.

Aly KONATE

alykonat@yahoo.fr

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