Burkina : Presse et transition, la nécessaire et indispensable entente

Tout est parti d’une audience que le Premier ministre avait accordée au président du Conseil supérieur de la communication au cours de laquelle, le patron du gouvernement burkinabè a demandé de « recadrer les émissions interactives sur certaines radios et chaines de télévision ». Une sortie que de nombreux défenseurs de la liberté d’expression et de la presse n’avaient pas appréciée positivement, craignant des tentatives de musellement ou de restriction des libertés de presse et d’expression.

Certains animateurs ou participants à ces émissions n’avaient pas manqué de reprocher au Premier ministre son ingratitude, lui qui doit, en partie sa notoriété aux mêmes émissions, voire son ascension au poste de Premier ministre. Depuis lors, les relations entre la presse dans son ensemble et les autorités de la transition sont devenues du « je t’aime moi non plus ».

Quand interviendra la suspension de la Radio France Internationale (RFI), les professionnels des médias et les défenseurs de la liberté de presse et d’expression ont vite vu un début de mise en œuvre de ce qui apparaissait à leurs yeux comme des restrictions de liberté. La suspension de France24 viendra par la suite « confirmer ce que certains redoutaient ».

En même temps, des menaces contre des médias et des journalistes nommément cités vont être diffusées sur les réseaux sociaux. Ce qui a fini par convaincre (si le mot sied), que le recadrage voulu par le Premier ministre est en train de se mettre en place. La tension ne serait pas aussi forte si ce n’était pas de menaces de morts contre des journalistes et d’incendie de médias. Malheureusement, les dénonciations du gouvernement et des organisations de défense des droits à la liberté d’expression et de presse sont si tièdes que les professionnels des médias ne se sont jamais sentis aussi menacés.

En effet, ce qui est devenu aujourd’hui une question nationale a toujours été ainsi. Entre la presse et les gouvernants, il y a toujours eu de la fumée, mais le torchon n’a jamais pris feu. Autant les gouvernants (en ce moment précis les autorités de la transition) ont besoin de la presse, autant la presse a besoin des autorités de la transition. Etant entendu que les deux acteurs travaillent pour que le pays recouvre la paix afin de leur permettre de mener au quotidien leurs activités. Il n’y a donc pas, dans le principe, des points de vue divergents sur ce que chacun doit faire afin de faciliter le travail de l’autre.

Cependant, comme en toute période, il appartient aux autorités de la transition qui connaissent très bien l’état de la nation, de fixer la conduite à tenir par tous les Burkinabè, y compris la presse. Il ne suffit pas de dire : « nous voulons l’accompagnement de la presse » sans fixer les limites de l’accompagnement et la manière dont celui-ci doit se faire. Dans tous les cas, les journalistes sont conscients que la situation du pays requiert l’engagement de tous. Avec les moyens de combat qui sont les siens.

Dénis Dafranius SANOU

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