Côte d’ivoire, comme si ce n’est pas la même présidentielle

On pourrait dire, de façon ironique, que l’élection présidentielle du 31 octobre en Côte d’Ivoire a tenu toutes ses promesses. A l’issue, on a l’impression qu’il s’est agi de deux élections bien distinctes. Tant elle a divisé tout le monde sur toute la ligne. Là où l’opposition dit qu’il n’y a pas eu d’élection, mais des violences avec des blessés, des morts et des urnes saccagées, des affrontements entre communautés, donc une faible participation, le pouvoir parle d’élections crédibles, transparentes avec une forte participation. Là où des observateurs parlent d’élections émaillées de violences graves et de faible participation, d’autres observateurs parlent d’élections paisibles et transparentes. Quant au Nord de la Côte d’Ivoire, dans certains quartiers de la capitale Abidjan proches du pouvoir, on dit que tout s’est bien passé, à l’Est, à l’Ouest et au Sud, et dans d’autres quartiers d’Abidjan proches de l’opposition, on soutient qu’il n’y a pas eu d’élection. Là où Alassane Ouattara et ses partisans attendent les résultats de l’élection, l’opposition compte mettre en place un gouvernement civil de transition pour préparer des élections présidentielles inclusives et transparentes.

En effet, bien plus qu’avant la tenue de l’élection, les positions sont plus tranchées au bord de la Lagune Ebrié. Ce qui fait craindre à tous les observateurs (sauf ceux qui n’y croient) un retour aux vieux démons de 2010. Ce qui est sûr, les jours à venir seront très déterminants. En tout cas, si tous les acteurs continuent de camper sur leurs positions.

La classe politique ivoirienne a eu tout le temps pour éviter à leur pays ce qu’il vit en ce moment et ce qu’il pourrait vivre si, une fois de plus, elle ne fait pas preuve de responsabilité. Après les douloureux événements de 2010 qui ont fait 3000 morts, à l’issue de l’élection présidentielle qui a vu la victoire contestée d’Alassane Ouattara, celui-ci et ses camarades devaient tout mettre en œuvre pour réconcilier les Ivoiriens. Certes, des actions ont été menées dans ce sens, mais elles ne sont pas allées jusqu’au bout. Bien au contraire, les derniers événements qui ont abouti à l’exclusion de la plupart des candidats opposés à Ouattara sont venus mettre l’huile sur le feu et réveiller ainsi toutes les rancœurs qui sommeillaient. Pire, Alassane Ouattara, certainement sans le vouloir, a réussi en si peu de temps, à mettre tout le monde sur son dos. Notamment après sa décision de briguer un troisième mandat après le décès de son Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly qui devait garder le pouvoir pour lui et ses partisans.

Dix ans après, la Côte d’Ivoire replonge dans les violences électorales, recompte des morts et se trouve dans une incertitude. Par la faute de sa classe politique qui n’a rien fait, absolument rien, pour épargner le pays de ces violences inutiles. Tous, ils risquent de sortir par la petite porte.

Dénis Dafranius SANOU

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