Coupures de courant à Bobo : la chaleur, Calvaire des dépigmentés !

À Bobo-Dioulasso, la chaleur devient de plus en plus difficile à supporter. En cette période de canicule, les températures dépassent régulièrement les 40 degrés. À cela s’ajoutent les délestages répétés qui plongent plusieurs quartiers dans le noir pendant de longues heures. Ventilateurs arrêtés, climatiseurs inutilisables, manque d’eau et nuits étouffantes rythment désormais le quotidien des habitants. Mais pour certaines femmes qui pratiquent la dépigmentation, cette situation devient un véritable calvaire.

 

La dépigmentation, encore appelée “décapage” dans le langage populaire, est une pratique qui consiste à utiliser des produits chimiques pour éclaircir volontairement la peau. Ces produits contiennent souvent des substances comme l’hydroquinone, les corticoïdes ou encore le mercure. Très répandue dans plusieurs pays africains, cette pratique est motivée par des critères esthétiques, sociaux ou culturels. Cependant, la dépigmentation fragilise fortement la peau. En réduisant la mélanine, le pigment naturel qui protège la peau contre le soleil, elle rend le corps beaucoup plus sensible à la chaleur et aux rayons UV. À Bobo-Dioulasso, où les fortes températures deviennent presque insupportables, plusieurs femmes dépigmentées vivent difficilement cette période. Avec les coupures d’électricité, beaucoup passent des nuits entières sans ventilation. La transpiration devient excessive et provoque souvent des sensations de brûlure, des démangeaisons ou des irritations cutanées. “Quand le courant coupe la nuit, je sens ma peau chauffer comme du feu. Je gratte souvent jusqu’au sang”, témoigne Mariam, habitante du quartier Belleville.

Des complications plus graves

Comme elle, certaines femmes disent éviter les sorties en journée pour limiter l’exposition au soleil. Les conséquences de la dépigmentation deviennent encore plus visibles avec cette chaleur extrême. Plusieurs femmes souffrent de taches noires, de vergetures prononcées, d’acné sévère, de boutons, de mycoses ou encore de plaies qui cicatrisent difficilement. D’autres développent une peau très fine laissant apparaître les veines et les capillaires sanguins. Des spécialistes alertent également sur des complications plus graves. L’usage prolongé de certains produits dépigmentant peut entraîner des infections cutanées, de l’hypertension, des problèmes rénaux ou encore des risques accrus de cancer de la peau. La chaleur actuelle aggrave davantage ces problèmes. Avec la transpiration et l’absence fréquente d’eau dans certains quartiers pendant les délestages, il devient difficile de maintenir une bonne hygiène corporelle.

Souffrance psychologique

Certaines femmes expliquent que les produits appliqués sur leur peau se mélangent à la sueur, provoquant des odeurs fortes et des réactions allergiques. Au-delà des conséquences physiques, il existe aussi une souffrance psychologique. Certaines femmes disent être victimes de moqueries à cause des différences de coloration sur leur corps : visage clair, pieds noirs, coudes foncés ou peau tachée. D’autres perdent progressivement confiance en elles après les dégâts causés par certains produits. Malgré les campagnes de sensibilisation menées depuis plusieurs années, la dépigmentation reste une pratique très présente au Burkina Faso. Déjà en 2004, des dermatologues de Bobo-Dioulasso alertaient sur l’ampleur du phénomène et ses conséquences sanitaires. Aujourd’hui, entre chaleur écrasante, coupures d’électricité répétées et fragilité de la peau, les femmes dépigmentées de Bobo-Dioulasso vivent une situation particulièrement difficile. Une réalité qui relance le débat sur les standards de beauté et les dangers liés à la recherche d’un teint plus clair.

                                                                                                                                  Zuwabwo F.  Esther TIBIRI