Crise au Mali, les illusions de la CEDEAO

Les conclusions non officielles du sommet de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest sur le Mali, rendues publiques par plusieurs sources montrent que les chefs d’Etat ne sont pas sur la même longueur d’ondes face au coup d’Etat dans ce pays. Pendant que les uns (plus lucides) estiment que la meilleure solution est de soutenir le Mali pour une sortie de crise rapide, les autres estiment plutôt qu’il faut renforcer ces mesures afin de dissuader toute tentative de prise de pouvoir par un coup d’Etat. Quand on considère la fermeté de cette catégorie de chefs d’Etat dont Alassane Ouattara et Alpha Condé, on se demande s’ils suivent depuis le début la crise au Mali. La première interrogation qui vient à l’esprit est celle de savoir ce que la CEDEAO a fait pour empêcher ce qui se passe au Mali ? Toutes les mesures qu’elle a prises dès le début de la crise n’ont fait qu’effleurer les grandes raisons de la cette crise. On peut même dire qu’expressément, ces raisons ont été ignorées. Le vrai problème du Mali, qu’on retrouve un peu partout en Afrique (même si c’est à un degré moindre) c’est la mal-gouvernance, l’absence totale de l’Etat. Qui fait qu’au Mali, des individus corrompus dans la haute administration, sont aussi riches que des opérateurs économiques. Au Mali, chacun se construit pendant que le pays devient de plus en plus pauvre. Si bien que les plus pauvres qui devraient profiter de la présence de cet Etat, sont de plus en plus nombreux. Quel paradoxe quand on sait que l’objectif d’un Etat est de réduire le nombre de pauvres ?

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est l’annulation de l’élection des députés de l’opposition au profit de ceux de la majorité présidentielle par la Cour constitutionnelle. La mal-gouvernance de trop qu’incarnaient finalement le président Ibrahim Boubacar Kéïta et son régime. Les Maliens patriotes ne peuvent pas rester aussi longtemps indifférents à des manquements démocratiques et sociaux de ce genre. Vouloir aujourd’hui reconstituer un tel système au Mali, c’est courir le grand risque d’aggraver la crise. Renforcer les sanctions contre le Mali, c’est méconnaître totalement les raisons profondes du soulèvement au Mali. Ce serait même de la provocation à l’endroit du peuple du Mali qui n’hésitera pas à apporter la contre-attaque. Il n’y a qu’à constater la mobilisation du vendredi 21 août pour fêter le départ d’IBK.

On peut bien comprendre Alassane et Alpha car, le coup de force au Mali peut bien inspirer des velléités chez eux. Eux qui sont contestés dans leurs pays pour le troisième mandat que chacun veut s’offrir. Ce qu’ils oublient, tout cela constitue de la mauvaise gouvernance que les peuples ouest-africains ne veulent plus laisser passer. En clair, au sein de la CEDEAO, tout chef d’Etat doit désormais inscrire la bonne gouvernance au centre de ses préoccupations. Au cas contraire, que ce soit dans n’importe quel autre pays, il y aura des crises, des coups de force. Peu importe l’appellation.

Dabaoué Audrianne KANI

 

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