Réconciliation nationale, retirez vos plaintes et on se réconcilie

Simon Compaoré et Zéphirin Diabré ont donné le top de départ de la réconciliation. Les faits : Simon et Zéphirin se sont rencontrés ; ils se sont parlés, se sont pardonnés et Zéphirin a retiré sa plainte. Ce que Simon attendait sans doute impatiemment. Puisqu’il a été le premier à applaudir. Ainsi, ils ont scellé la réconciliation. «Je demande aux uns et aux autres de considérer avec nous que cet épisode est clos et oublié».

Le fait aurait pu être banal ou anodin s’il n’avait pas concerné deux grandes personnalités qui sont actuellement aux commandes du pays. D’abord Simon Compaoré. Il est le président du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), le parti au pouvoir. Au moment des faits qui lui étaient reprochés il était ministre d’Etat, ministre de la Sécurité. Zéphirin Diabré. Il est actuellement ministre d’Etat, auprès du président du Faso, chargé de la Réconciliation nationale et de la Cohésion sociale. Au moment des faits, il était chef de file de l’opposition politique.

C’est certainement un pas vers la normalisation des relations entre les hommes politiques. Autrement, tous ceux qui soutiennent que la réconciliation ne concerne que la classe politique peuvent trouver leur compte dans cette réconciliation atypique. Qui, à la limite, apparaît comme jeu d’enfant. Si la réconciliation devait consister à retirer les plaintes formulées contre les uns et les autres devant la justice, ce serait bien drôle ! Si elle devait consister à se retrouver tous dans un camp (majorité ou opposition), se rencontrer,  se parler, se pardonner et se réconcilier, ce serait encore merveilleux ! Si Simon et Zéphirin, deux hautes personnalités de ce pays ont pu enjamber la justice pour se réconcilier parce qu’ils se sont pardonnés, quelle leçon veulent-ils donner ? Et c’est bien ce qui dérange. Ce d’autant plus que dans sa perception de la réconciliation, le président du Faso a insisté sur les volets vérité et justice qui doivent précéder la réconciliation. Malheureusement, dans la réconciliation selon Zéphirin et Simon, les Burkinabè ne connaîtront jamais la vérité des faits ni la justice.

Les Burkinabè peuvent s’accorder sur le fait qu’ils veulent que l’exemple vienne d’en-haut. Simon Compaoré et Zéphirin Diabré ont donné un exemple. Qui n’est certainement pas le bon. La justice, a-t-on l’habitude de dire, est le dernier rempart quand les citoyens sont persécutés par les autres pouvoirs. Simon Compaoré et Zéphirin Diabré auraient très bien fait s’ils avaient accepté aller devant la justice, trancher cette affaire avant de se pardonner. On aurait applaudi à tout rompre ! Si eux-mêmes ont contourné la justice pour se réconcilier, que veulent-ils que les autres fassent ? C’est bien, contrairement à ce qu’avait déclaré le ministre d’Etat à la cérémonie officielle qui l’installait «un arrangement entre politiciens».

Ce sont certainement de petits détails mais qui, s’ils ne sont pas corrigés à temps, risquent de compromettre les chances de réussite d’une véritable réconciliation nationale. Tout près n’est pas loin !

Dabaoué Audrianne KANI

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