Démolition du non-lotie du secteur 33 : « Nous aurions préféré mourir… »

Les résidents de la zone non-lotie du secteur 33 de Bobo se sont réveillés tôt ce mardi 28 septembre 2021, sous le vrombissement de Caterpillar. En effet, une opération de démolition ordonnée par la Direction régionale en charge de l’environnement des Hauts- Bassins a ciblé leur zone d’habitation.

Ce mardi 28 septembre aux environs de 9 h alors que nous venions à peine de finir avec la conférence de rédaction, nous sommes alertés par un coup de fil. Nous informant qu’une opération de démolition était en cours au non-lotie du secteur 33. Nous nous déportons aussitôt sur les lieux. Sur place, le constat est désolant. A l’entrée du site, nous croisons des tricycles transportant des meubles, des lits, des matelas, des ustensiles de cuisine et bien d’autres matériels de maison. Plus devant, nous apercevons un impressionnant dispositif de forces de sécurité mixé d’éléments des eaux et forêts. Après un bref échange avec les éléments des forces de l’ordre, nous recevons carte blanche afin d’accéder au site objet de déguerpissement. Ici, certains riverains s’affairent à retirer des tôles dans les décombres. Pendant ce temps, d’autres fouillent encore dans les débris dans l’espoir de recueillir du matériel. Là, c’est un groupe de jeunes et de femmes, les mines graves et s’exprimant à peine. A quelques mètres de là, un nuage de poussière se dégage sous un bruit assourdissant. « C’est le Caterpillar qui est en train faire tomber nos maisons depuis ce matin », lance Dieudonné, un résident de la zone qui a du mal à croire ce qui leur arrive.

« C’est de l’injustice »

Selon Dieudonné, la zone a été délimitée par le cadastre, donc il dit être à la fois surpris et consterné par cette démolition. « Je vis ici avec ma femme et mes trois enfants il y a de cela 4 ans. Dans cette zone, il y a aussi des veuves, des déplacés internes qui sont venus des régions menacées par des terroristes. Comment  l’autorité peut- elle faire ça ?». S’interroge-t-il avant d’ajouter : « C’est purement de l’injustice qu’on nous fait subir. Nous aurons préféré mourir que de vivre cette humiliation ».

Frigorifiée, déboussolée, Abibata, mère de 4 enfants a vu également sa maison démolie. « Nous avons fui la zone de Djibo pour venir nous refugier ici. Voilà qu’ici aussi, on nous fait vivre une situation encore pire. Que vais-je devenir surtout que mon mari est malade », se demande-t-elle. Minata, une autre résidente de zone depuis 5 ans, dit s’être installée suite à la crise postélectorale en Côte D’Ivoire.

Elle reconnait qu’il y a environ 7 mois qu’une note parvenait aux résidents comme quoi la zone fait partie de la forêt classée de Kua. « Au préalable, personne, ni les agents des eaux et forêts ni du cadastre ne nous ont empêché de construire. Nous les pauvres, nous avons toujours subi et nous en subissons toujours », déplore-t-elle le regard médusé. A en croire Adama Ouédraogo, porte-parole des résidents, ce déguerpissement est illégitime. « Je trouve qu’il n’est pas légitime qu’on déguerpisse les riverains de cette manière, vu qu’on a des déplacés internes dans le pays. S’il faut déguerpir encore, vers où nous diriger ? Sous quel toit dormiront ces sinistrés cette nuit, demain, les jours à venir ? », questionne-t-il. Et d’ajouter : « Des gens vivent ici depuis une décennie, et le service de l’environnement y était. J’ai du mal à comprendre qu’on vienne aujourd’hui nous déguerpir sous prétexte que la zone est une forêt classée ».

« Il se sont entêtés »

Les propos des riverains divergent avec ceux du Directeur régional en charge de l’Environnement que nous avons rencontrés sur les lieux. Il précise que plusieurs rencontres ont été tenues avec les résidents de la zone et avec l’aval de la tutelle, sommation leur a été faite de quitter le site avant le 18 juillet 2021. « Nous leur avons donné cette sommation individuellement et chacun devait signer pour approuver. Certains ont refusé de signer. Vu qu’il y avait une liste de présence, la majorité a reçue cette sommation», va-t-il ajouter. Et de conclure qu’au-delà de la sommation, les habitants ont eu suffisamment de temps pour quitter le site, mais ils se sont entêtés.

Ousmane TRAORE

Amidou TRAORE/Stagiaire

Fermer le menu
elementum eget Aliquam ante. sed amet, suscipit diam facilisis commodo