Fait de chez nous : Fakô et ses deux garçons

Dans ce hameau de culture, vit un vieux bien connu dont l’âge est bien avancé. Fakô le patriarche guérisseur, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a perdu très tôt son épouse, le laissant avec deux enfants, tous des garçons. Qui sont aujourd’hui adultes aux côtés de leur papa qui ne s’est plus remarié. Fakô qui a une réputation pour avoir sauver bon nombre de malades est aussi craint, car il n’a pas le sens du bon vivre-ensemble. Raison pour laquelle aucun de ses enfants n’a pu se faire d’amis dans le village et vivent isolés comme leur géniteur qui, délibérément, a choisi ce mode de vie.

Complimenteur de gris-gris à travers lesquels il soigne ses malades et aussi envoûte ses victimes qui tombent dans son piège ou par exhortations de tierces personnes de mauvaise foie, Fakô a élevé ses deux enfants dans la pure méchanceté. Au regard de sa vieillesse et sachant ses jours s’amoindrir, il décide de passer la main à un de ses enfants qui doit assurer la continuité de l’héritage. Après consultations de ses fétiches, il y a des critères de choix de celui qui doit lui succéder. Mais, qui mérite mieux par ces critères qui sont la soumission, la discrétion et le courage ? Pourtant les enfants sont éduqués sans aucune discrimination.

Pour dire vrai, les enfants se respectent, respectent leur père, obéissent à tout ce qu’il veut et ne manquent pas de courage. C’est pourquoi Fakô lui-même est embarrassé dans son choix et met à l’épreuve les enfants. Tout ce qu’il leur demande est accompli sans faute. Le dernier dilemme, il appelle discrètement le grand frère pour une mission qui se résume à ce qui suit : «Cette nuit-là, prends cette étoffe et vas dans le cimetière te coucher sur une nouvelle tombe, jusqu’aux premiers chants des coqs et tu rentres. Personne, même ton petit frère ne doit être au courant et tu ne dois pas être vu non plus. Si tu me ramènes la couverture-là, la suite tu verras», adresse du vieux à son fils.

Un instant après, il appelle son deuxième garçon à l’insu de son grand frère et lui confie aussi une mission sécrète dont il ne doit pas parler à son frère. La mission du petit frère : «J’ai besoin de quelque chose et je compte sur toi pour l’avoir. Dans le cimetière, tard la nuit des morts sortent se reposer sur leur tombe. Tu vas y aller discrètement retirer le linceul d’un cadavre pour moi et la suite tu verras. Agis dans la plus grande discrétion pendant la mission. Même ton frère ne doit pas être au courant. C’est pour le bien de la famille», lui assigne-t-il. Tout cela pour tester le courage de ses enfants. Comme chaque enfant dort seul dans sa case, tard dans la nuit le premier quitte secrètement le domicile pour le cimetière où il va se couvrir avec la lingerie toute blanche au milieu des tombes attendant les premiers chants des coqs pour revenir.

Pendant ce temps, ignorant la sortie de son grand frère, le cadet va aussi pour sa mission discrète. A l’entrée du cimetière, il aperçoit effectivement une couverture blanche sur une tombe vers laquelle il se dirige sans faire de bruit pour retirer le linceul. Dès qu’il se saisit de la couverture, son grand frère croyant que c’est un cadavre qui vient retirer sa couverture, s’y accroche et chacun tire de son côté. Tellement les ténèbres sont denses dans le cimetière, les enfants n’ont pu se reconnaître et avec le courage personne n’a crié. Ainsi, ils ont partagés la couverture en la déchirant en deux morceaux. Le petit frère est vite rentrer avec son morceau à la maison et le grand a attendu le moment indiqué pour se rendre au domicile sans se faire voir. Le matin, chaque enfant trouve un temps favorable pour faire le compte-rendu à leur père. La réaction du vieux Fakô et son choix pour sa succession, vous le saurez la semaine prochaine.

Siaka SANON

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