Fait de chez nous : Makoura se suicide dans sa case

Kouroukan est un petit village où vivent Kalifa et sa femme Makoura qui ont plusieurs enfants, tous mineurs. A chaque récolte, cette famille malgré ses efforts n’arrive pas à trouver de quoi suffisant pour subsister jusqu’à la saison prochaine. Pour joindre les deux bouts, Makoura est obligée de s’adonner à des travaux ménagers tels que plier, vanner, balayer ou encore fendre du bois pour d’autres familles dans le village afin de nourrir ses progénitures. Pendant ce temps, son mari Kalifa passe la grande partie de son temps en brousse pour chasser ou cueillir des fruits sauvages pour atténuer tant soit peu la souffrance de sa femme.

Selon l’adage qui dit « ventre creux n’a point d’oreille », Makoura pour nourrir sa famille, passe par tous les moyens. Woula, un voisin de la famille qui est malvoyant dont les enfants font de bonnes récoltes et mangent à leur faim toute l’année, se repose sous son hangar toute la journée, car dans sa maison le grenier est rempli de mil. Des femmes du village viennent puiser de l’eau dans cette cour qui a un puits intarissable. Comme toutes les femmes, Makoura fréquente le domicile de Woula, mais pour un autre objectif.

Sa stratégie, seule Makoura a le secret. Elle prend sa grande gourde comme pour puiser et arrive toujours au moment où la corvée est au ralenti pour profiter de l’absence des yeux accusateurs et s’introduit dans la maison du vieux Woula, remplit sa gourde de mil qu’elle transporte chez elle pour alimenter ses enfants. Malheureusement Makoura en a fait son habitude. Ni son mari, ni aucune personne du village, même ses enfants ne soupçonnent Makoura de cette pratique. Tous les jours appartiennent au voleur, un seul pour le propriétaire, dit-on. Et voilà arrive le jour de la honte et du drame. Makoura comme à l’accoutumée aborde le vieux Woula et lui adresse ses salutations avant de continuer son chemin comme pour puiser de l’eau.

Mais elle va tout droit dans la maison du malvoyant, remplit sa gourde et à sa sortie grande fut sa surprise, car elle trouve deux autres vieux aux côtés de Woula dans une causerie. Prise de peur, Makoura trébuche sur un caillou et l’irréparable se produit. La grande gourde sur sa tête tombe, s’éclate et son contenu s’éparpille sous le regard des visiteurs de Woula qui comprennent aisément le jeu de Makoura. L’infortunée abandonne les morceaux de sa gourde et prend ses pieds au cou pour se réfugier chez elle. Comme une traînée de poudre, la nouvelle est répandue dans tout le village.

Au lieu de supporter la honte, la pauvre dame une fois dans case a préféré mettre fin à sa vie, en se suicidant. Ses enfants qui ont appris la nouvelle rentrent précipitamment à la maison et trouvent leur maman sans vie dans sa case. Son mari Kalifa qui ne rentre au village tous les jours que dans la nuit est surpris par un attroupement dans sa cour, à son arrivée. Ainsi, la mort de Makoura a chagriné tout le village dont plusieurs personnes ont eu du remords pour n’avoir pas aidé cette famille à sortir de la pauvreté. A ses funérailles, chacun a apporté sa contribution soit en vivres, soit en espèce, pour réconforter les enfants de Makoura et son mari Kalifa. Cela me fait penser à l’expression qui dit : « N’attend pas ma mort avant d’apporter ton soutien ». Alors, « aidons-nous vivant », sinon ça sera le médecin après la mort. Quelle triste fin pour cette femme battante !

Siaka SANON

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