Gouvernement/transporteurs, pour qui vous battez-vous ?

Le gouvernement a décrété que le fret sera désormais organisé par le Conseil burkinabè des chargeurs. Au motif qu’il est de son devoir de garantir les intérêts des grands mais aussi des petits transporteurs. Car, pour le ministre Dabilgou, «on ne peut pas laisser les richesses nationales entre les mains de quelques individus». Et le mot est lâché.

En effet, depuis plus de trois ans, voire quatre, le secteur des transports au Burkina connaît une véritable crise. Qui, malheureusement perdure et met aujourd’hui face-à-face le gouvernement et des transporteurs. Alors qu’on croyait la crise derrière nous depuis la rencontre du 23 juin avec le chef du gouvernement qui a vu la naissance de Faîtière unique des transporteurs routiers du Burkina (FUTRB), voilà que ça coince encore. Les transporteurs accusent, le gouvernement se défend. Finalement, on se demande exactement ce que veulent les uns et les autres pour le Burkina.

A l’analyse, il est du rôle régalien du gouvernement d’organiser le transport au Burkina Faso. Surtout dans un pays comme le nôtre, enclavé et sans issue maritime. Malheureusement, le gouvernement n’ayant pas lui-même d’autres moyens de transports ou d’approvisionnement du pays, est obligé de s’entendre avec les transporteurs privés. Ce malentendu (osons croire qu’il en est ainsi) est la preuve que non seulement le gouvernement n’a pas été ferme dès le départ, mais qu’il a manqué de stratégie. Si bien que, si aujourd’hui on est arrivé à un blocage, c’est que quelqu’un a mal joué son rôle.

Le transport est un gros business où il y a de gros intérêts à défendre. Ce n’est pas pour rien que depuis longtemps il est au centre des préoccupations. Aucun homme d’affaires ne va accepter perdre des intérêts au profit d’un autre. Fut-il petit. C’est d’ailleurs la règle dans le monde des affaires. En décidant donc de vouloir protéger les intérêts de petits transporteurs contre « un groupuscule » (gros transporteurs), il n’est pas évident que le gouvernement s’en sorte grand. Un quelconque bras de fer, entre lui et les organisations des transports ne profite à personne. Ni au gouvernement, ni aux transporteurs et à leurs chauffeurs. Encore moins aux Burkinabé qui pourraient manquer de certains produits, ou voir leurs prix grimper. La grève des chauffeurs ayant été levée, il reste à asseoir les bases saines d’un dialogue franc, à l’issue duquel les intérêts de chacun seront préservés.

Les Burkinabé ont assez souffert des crises et grèves à répétition dans ce secteur des transports. On ne peut pas prendre en otage tout un pays pendant un si long temps. Toutes les reformes causent des avantages et des inconvénients. Aux uns ou aux autres. Mais la plus importante vision que tout le monde doit avoir, c’est avant tout l’intérêt de la nation. On ne peut faire de bonnes affaires dans un pays perpétuellement en crise. On ne peut non plus le faire dans un pays mal organisé. Au gouvernement d’être ferme.

Dabaoué Audrianne KANI

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