Interview :Dr Léa Paré, Chercheur à l’IRSS/Ouest et au projet Target Malaria «Pour l’élimination du paludisme, nous devons passer de la passivité à l’action»

Docteur Léa Paré est Chercheur à l’Institut de recherche en science de la santé/ direction régionale de l’Ouest. Elle travaille également sur le projet Target Malaria, ce projet qui fait la modification génétique du moustique pour en faire un moyen complémentaire de lutte contre le paludisme. Dans cette interview qu’elle a nous accordé le 25 avril 2025 à l’occasion de l’atelier de renforcement des capacités des acteurs des medias en communication autour du paludisme, elle explique les avancées majeures dans la lutte contre la maladie. Lisez plutôt ! 

 

Les hommes et femmes de médias sont réunis depuis ce matin (vendredi 25 avril 2025) dans vos locaux. Pouvez-vous nous situer l’objet de la rencontre ? 

Nous avons voulu cette rencontre avec les hommes de médias ce jour 25 Avril qui est la journée internationale du paludisme, pour travailler aux côtés de notre Secrétariat Permanent de lutte contre le palu, pour demander aux uns et aux autres de prendre une part active à la lutte contre la maladie. Nous sommes des chercheurs ici au sein de l’IRSS et nous faisons beaucoup de recherches sur le paludisme dont la modification génétique du moustique. Et pour nous la recherche sur la modification génétique du moustique est de l’innovation. De l’innovation parce que c’est de la biotechnologie donc qui utilise une des sciences avancées pour trouver un moyen efficace contre les vecteurs du paludisme et ce moyen serait complémentaire de ce qui existe. Nous voulons aussi innover à travers la manière de faire la recherche. C’est dans ce sens que nous voulons impliquer tous les acteurs autour de la question du paludisme et les hommes de médias sont des parties prenantes clefs très importantes pour pouvoir communiquer sur le paludisme, donner les informations vraies sur les recherches qui sont conduites sur le paludisme dans ce pays. Parce que pour la question du paludisme, nous pensons que nous devons changer de manière de faire, nous devons quitter la passivité et passer à l’action. Chacun doit avoir une part contributive dans cette lutte contre le paludisme. Le paludisme n’est pas plus fort que nous tous réunis, il n’est pas plus fort que les hommes de médias aux côtés des scientifiques, que les communautés aux côtés des scientifiques et des hommes de médias. C’est pourquoi dans cette salle aujourd’hui (ndlr) nous avons avec nous les communautés dans lesquelles nous faisons cette recherche (la recherche sur la modification génétique) qui participent activement au processus de la recherche, nous avons également les hommes de médias et les scientifiques. Nous aurions pu avoir d’autres catégories de parties prenantes pour que ensemble, nous puissions réfléchir à comment nous pouvons de manière très synergétique lutter contre cette maladie parce que nous pouvons y arriver.

 

A quelle étape se trouve la recherche aujourd’hui ?

Nous sommes à la deuxième étape de la recherche. Cette deuxième étape a pour but de modifier génétiquement le moustique mal de sorte que lorsqu’il s’accouple avec le moustique femelle, la descendance soit majoritairement mâle. Nous sommes toujours dans une phase d’expérimentation, une phase de  recherche, mais pour nous c’est important d’impliquer les différentes parties prenantes dans le processus de la recherche. Il ne faut pas attendre d’avoir le produit, d’avoir la technologie et en ce moment le présenter aux utilisateurs, aux bénéficiaires de la recherche. C’est pourquoi nous disons que nous devons innover la manière de faire la recherche et c’est pourquoi nous sommes là aujourd’hui.

 

Concrètement de quoi avez-vous parlez lors de cette rencontre ?

Pour ce qui est des points d’échanges que nous avons eu avec les acteurs de medias, nous avons présenté surtout toutes les études connexes qui accompagnent cette recherche sur la modification génétique du moustique. Nous avons parlé des questions génomiques. Pourquoi c’est important d’étudier le génome du moustique ?  Pourquoi c’est important de connaître le moustique ? C’est important parce que si tu veux lutter contre quelque chose, il faut le connaître. Nous avons échangé sur les questions règlementaires pour montrer qu’une recherche sur la modification génétique du moustique est très encadrée par toutes les lois qui existent au niveau international et national. Nous avons échangés sur la question de la formation, parce que pour nous cette recherche doit être appropriée par les africains pour les africains et dans ce cadre-là, nous avons des programmes de formations qui sont donc pour les jeunes scientifiques de sorte à pourvoir s’impliquer dans cette recherche. Nous avons également évoqué d’autres études qui l’accompagnent, c’est-à-dire  par exemple les études de sciences sociales, comprendre les représentations de la question génétique, la question de la modification génétique. Qu’est ce qui est acceptable par les communautés ? Comment nous pouvons utiliser l’information géographique pour comprendre l’environnement spatial de là où les recherches se font ? Il y’a donc assez d’études qui accompagnent cette recherche et c’est de cela que nous avons discuté et nous sommes très ravis du retour que nous avons eu des communicateurs, de leur intérêt, des questions et également des communautés qui étaient avec nous aujourd’hui qui ont eu la possibilité d’échanger avec les communicateurs. Des communicateurs qui ont pu également à leur tours, leur poser directement des questions sur ce qu’ils comprennent de la recherche et quelle est leur contribution dans ce processus d’élimination du paludisme.

 

Vous êtes à la deuxième étape. A quand le déploiement de la technologie pour enfin tendre vers l’élimination du paludisme ?

Après cette deuxième étape dans le processus de recherche, nous aurons une troisième phase parce qu’actuellement, les technologies sur lesquelles nous travaillons, nous disons que c’est de la modification génétique sans impulsion génétique. C’est la technologie finale, parce qu’avec l’impulsion génétique, avec la modélisation, on donne la capacité de pouvoir utiliser de manière puissante ce moustique pour qu’il fasse le travail lui-même de la réduction du moustique. Après cette étape nous aurons cette dernière phase qui concerne la phase du gene drive ou impulsion génétique.  Donnez-nous donc encore quelques années, parce que ce n’est pas que ce que nous faisons au laboratoire. Il y’a comment on avance dans la communauté. Les parties prenantes, qu’est ce qu’ils comprennent ? Nous avons également toutes ces questions d’autorisations règlementaires et cela prend un peu de temps. Donnez-nous encore quelques années et nous pensons y arriver.

 

Vous invitez donc toutes les composantes à agir, à innover ? 

Nous disons que pour l’éradication du paludisme, il faut innover. Nous devons passer de la passivité à l’action. Chacun où qu’il soit doit faire de l’élimination du paludisme sa priorité et nous pouvons y arriver si nous travaillons ensemble chacun dans son domaine d’expertise. On n’a pas besoin forcément d’être chercheur ou communicateur et en tant que scientifique, nous appelons à l’innovation pour l’élimination du paludisme. Passons de la passivité à l’action. Soyons debout pour l’élimination du paludisme parce qu’il n’est pas plus fort que nous tous réunis.

Entretien réalisé par Ousmane TRAORE