Ouverture de la frontière ivoirienne : alors que les uns jubilent, les autres craignent pour leur avenir

Une équipe de L’Express du Faso a séjourné à Niangoloko, dans la cité de Santa du 18 au 19 février 2023, pour s’enquérir de l’effectivité de l’ouverture de la frontière fermée depuis l’apparition du Covid-19 en mars 2020. Tout le long du trajet jusqu’au niveau du pont Léraba en passant par Yendéré, l’affluence n’est pas au rendez-vous. Une affluence morose, même si les usagers de la route apprécient dans l’ensemble cette ouverture de la frontière.

« Vraiment, l’ouverture de la frontière va nous arranger ; nous avons beaucoup souffert pendant cette période de fermeture. Aujourd’hui, on rentre et on ressort sans problème. C’est la fin du calvaire pour tous les usagers », se réjouit le convoyeur d’une compagnie de transport en partance pour Abidjan.

Le conducteur d’une autre compagnie qui revenait de la Côte-d’Ivoire a confirmé l’ouverture effective des frontières, mais avoue que l’affluence n’est pas au rendez-vous aux premiers jours. Même son de cloche chez des passagers des différentes compagnies qui disent être soulagés parce qu’ils vont enfin pouvoir retrouver leurs proches vivant, juste à côté, au Burkina ou en Côte-d’Ivoire sans difficultés. Ils ont encore en souvenir cette période pas du tout enviable qu’ils  ont vécue avec les tricycles et les passeurs. Ces derniers ont fait le beau temps et la pluie par le passé. «C’était eux les rois de la frontière car tous ceux qui voulaient traverser devraient obligatoirement s’en remettre à eux de même qu’aux gardes frontières moyennant une somme d’argent », raconte Sékou, un passager qui effectue régulièrement le trajet.

“Si l’ouverture des frontières constitue une bouffée d’oxygène pour les usagers, les conducteurs de tricycles et passeurs le long de la frontière, disent avoir perdu leur boulot. « Les cars sont venus tuer le marché des tricycles. On ne gagne plus de passagers ; car ils préfèrent maintenant les compagnies de transport. Aujourd’hui moi-même, si ce ne sont pas des bagages, je n’ai pas eu un seul passager. En dehors du fait que nous sommes sur le goudron, n’avons plus de passagers. Et ce malgré qu’on a été obligé de baisser les coûts. Vous allez le constater d’ici-là, il y aura beaucoup de chômeurs parmi nous», nous confie Lamoussa Héma, un conducteur de tricycle.

Sur notre chemin, nous croisons un groupe de personnes qui attend les tricycles qui doivent venir leur passer des passagers, mais hélas. Aboubacar Sawadogo et ses amis comptent aller se débrouiller ailleurs, sinon avec l’ouverture de la frontière ils n’arrivent plus à joindre les deux bouts. « Depuis l’ouverture, chaque jour, on vient s’arrêter et on regarde seulement, car les compagnies de transport dictent désormais leur loi », a lancé Aboubacar Sawadogo. Dans les deux sens les gens affluent à pieds, en voiture, en car ou à moto, même si l’affluence de ce jour  n’est pas celle que l’on a connue avant la fermeture des frontières.

En fin de journée, nous rencontrons Ibrahim Traoré le secrétaire général de l’OTRAF également transporteur à Niangoloko. Selon lui, l’ouverture de la frontière est un grand soulagement pour les usagers mais aussi pour les transporteurs. «A l’annonce de l’ouverture des frontières, nous avons jubilé ! C’était le souhait de tous, car pendant la fermeture il y’a eu morts d’hommes. Certains passeurs, avec la complicité de certaines forces de l’ordre, faisaient le trafic d’hommes avec les tricycles et d’autres moyens de transport, des passagers ont été violés, la délinquance juvénile avait pris de l’ampleur », Explique-t-il. Pour Ibrahim, «les taxis-motos ont fait trop de victimes pendant la fermeture de la frontière et c’est pourquoi il invite les usagers à toujours emprunter les transports en commun et de laisser les tricycles qui ne sont pas faits pour le transport des usagers ».

« Avec l’ouverture de la frontière, nos FDS pourront contrôler tous les passagers. C’est vrai, il n’y a pas grande affluence pour le moment, mais avec le temps ça va venir », assure le secrétaire général de l’OTRAF.  Des millions de personnes originaires du Burkina vivent sur le sol ivoirien. Ils ont dû pendant trois ans durant emprunter des chemins tortueux et clandestins pour se rendre dans leur pays d’origine. Conséquence, les prix des transports entre la Côte d’Ivoire et ses voisins ont grimpé. En annonçant la réouverture des frontières ce mercredi 15 février, le gouvernement ivoirien a invité tous les voyageurs à passer désormais par les voies de passage officielles. Un moyen de pouvoir à nouveau contrôler les flux migratoires.

Besseri Frédéric OUATTARA/Niangoloko

 

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