Patate douce :un tubercule qui nourrit son homme

Durant la période de septembre-décembre, les rues et les marchés de la ville de Bobo-Dioulasso sont envahis par un tubercule. Il est bien connu non seulement par son côté nutritionnel, mais aussi par son côté économique pour la région.

 

Cultivée dans plusieurs régions du Burkina Faso tel que celles région du Guiriko, des Tannounyan, du Nando, Foulasso dans le Kénédougou/ région du Guiriko, la patate douce se distingue comme un bassin de production important. Bien qu’elle soit concurrencée par d’autres cultures comme la mangue, la commune reste un point névralgique de ce marché. La patate douce, qu’elle soit à chair blanche, jaune ou orange, y est produite et alimente les marchés régionaux. La vente d’un tubercule brute ou transformée procure un revenu substantiel aux producteurs du Kénédougou. L’émergence de la Patate douce à chaire orange (PDCO), plus attrayante par sa couleur et son goût, ouvre de nouvelles opportunités de transformation et de vente tel qu’en farine, en chips, en gâteaux, en jus, contribuant à l’amélioration des activités génératrice de revenus. La patate douce n’est donc pas seulement un aliment, c’est un moteur de développement local qui, avec un soutien accru à la transformation, pourrait jouer un rôle encore plus crucial dans l’économie burkinabè.

Un trésor nutritionnel

La patate douce se positionne comme une ressource agricole inestimable en raison de ses bénéfices nutritionnels exceptionnels et de son rôle essentiel dans l’amélioration des revenus des acteurs de la chaîne de valeur. Les variétés à chair orange (PDCO), activement promues, notamment au Burkina Faso, sont particulièrement reconnues pour leur richesse en bêta-carotène, que l’organisme convertit en Vitamine A. Cette dernière est cruciale pour la santé oculaire et le système immunitaire, constituant un pilier dans la lutte contre la Carence en Vitamine A (CVA), un enjeu majeur de santé publique. Au-delà de cela, la patate douce contribue au bien-être digestif grâce à sa forte teneur en fibres (solubles et insolubles), facilitant le transit et favorisant un microbiote sain. Elle offre également une source d’énergie durable grâce à son amidon et son indice glycémique modéré, tout en apportant des antioxydants (vitamines C et E, polyphénols) qui combattent le stress oxydatif, ainsi que des minéraux vitaux tels que le potassium pour la régulation de la tension artérielle et le fer. L’intégration de cette culture dans les circuits commerciaux et de transformation contribue significativement au développement économique local et à la consolidation des Activités génératrices de revenus.

Elle contribue à l’économie

Le marché de la patate douce, avec un sac pouvant se négocier environnant 17 000 et 30 000 F.CFA pour la PDCO, est une source de revenus non négligeable pour les ménages, et se traduit directement par une amélioration de l’alimentation et du bien-être familial.

Les rendements élevés de certaines variétés et le coût de production relativement faible par rapport à l’igname ou au manioc, en font une culture attractive pour les agriculteurs de la région. Son impact socio-économique est particulièrement notable pour les revendeurs, et plus précisément pour les femmes, par leur autonomisation, qui dominent souvent la chaîne de valeur après la production. Dans la plupart des régions du Burkina Faso, ce sont les femmes qui transforment et vendent la patate douce, souvent en petites quantités.

Pour Aboubacar Traoré, « notre principal défi dans la vente de patates douces sur ce marché, est l’absence d’une association qui fédère à la fois les cultivateurs et les grossistes. L’établissement d’une telle structure permettrait de créer un consensus et une meilleure coopération entre toutes les parties prenantes. Elle serait essentielle pour réglementer les prix en tenant compte des différentes provenances et pour faire face à la concurrence extérieure », dit-il. Étant donné le potentiel économique considérable et non négligeable de ce marché, cette réorganisation serait extrêmement bénéfique et prometteuse. Par ailleurs, Brahima Sanou, autre commerçant de patate douce, lance un appel pressant au gouvernement pour développer la filière. Il sollicite l’appui à l’exportation, essentiel pour écouler le surplus de production, ainsi que la création d’usines de transformation. Enfin, il insiste sur le désenclavement des zones de culture afin de faciliter les transactions, de stabiliser durablement les prix et, par conséquent, d’augmenter les marges des agriculteurs.

Judicaël DOFINI/stagiaire