
Cette question, aussi simple que percutante, mérite d’être posée à chaque Burkinabè, sans exception. Elle est inspirée par Ali Konaté, président de l’Union nationale des Dozo du Burkina Faso, et elle résonne aujourd’hui comme un appel pressant à la conscience nationale. Car, le Burkina Faso traverse l’une des périodes les plus critiques de son existence, confronté à une guerre qui ne dit pas toujours son nom mais qui frappe durement les populations.
Le Burkina Faso est en guerre. Une guerre complexe, asymétrique, qui ne se limite pas aux zones de combats ni aux seules forces armées. C’est une guerre qui touche nos villages, nos villes, nos familles, notre économie et notre cohésion sociale. Dans ce contexte, rester indifférent, passif ou spectateur, revient, consciemment ou non, à affaiblir la Nation.
Poser la question « Qu’as-tu fait hier pour aider ton pays ? », ce n’est pas culpabiliser. C’est interpeller. C’est rappeler que la défense de la patrie est une responsabilité collective. Tout le monde ne peut pas aller au front, mais tout le monde peut contribuer à l’effort national. Le patriotisme ne se résume pas à la prise des armes ; il s’exprime aussi dans les comportements quotidiens.
Aider son pays aujourd’hui, c’est d’abord protéger l’unité nationale. Le terrorisme se nourrit de divisions, de suspicions communautaires et de discours de haine. Refuser la stigmatisation, promouvoir le vivre-ensemble et préserver la cohésion sociale sont des actes de résistance. Dans cette guerre, l’ennemi cherche autant à occuper des territoires qu’à déstabiliser les esprits.
Aider son pays, c’est également faire preuve de responsabilité dans l’usage de l’information. Les rumeurs, les fausses nouvelles et les messages alarmistes affaiblissent le moral des populations et des forces combattantes. Partager une information non vérifiée peut faire autant de dégâts qu’une arme. Informer avec rigueur, se taire quand il le faut, et signaler les menaces sont des gestes simples, mais patriotiques.
Aider son pays, c’est soutenir, chacun selon ses moyens, les Forces de défense et de sécurité, les Volontaires pour la Défense de la Patrie et les communautés affectées par la crise. Un mot d’encouragement, une contribution matérielle, un acte de solidarité envers les déplacés internes renforcent le front intérieur.
Aider son pays, enfin, c’est continuer à produire, à enseigner, à soigner, à informer et à servir avec honnêteté et engagement. Un agent de santé intègre, un enseignant consciencieux, un cultivateur déterminé, un journaliste responsable, participent tous à la résistance nationale.
Le Burkina Faso n’a pas besoin de discours creux ni de critiques stériles. Il a besoin d’un sursaut patriotique, d’une mobilisation totale des consciences et des énergies. L’histoire retiendra ceux qui auront agi, même modestement, pour défendre la patrie.
Alors, chaque jour, posons-nous cette question essentielle : « Qu’ai-je fait hier pour aider mon pays qui est en guerre ? ». Et surtout, « que suis-je prêt à faire demain pour le Burkina Faso ? » Parce qu’en temps de guerre, le silence et l’inaction ne sont jamais neutres.
Aymeric KANI