Sable, cailloux et graviers : Les revendeurs veulent augmenter le prix du chargement

Les chauffeurs-revendeurs d’agrégats de construction de la région de Bobo-Dioulasso ont garé leurs véhicules depuis lundi passé. Ils observent un arrêt de travail, en prélude à une hausse des prix de revente des précieux matériaux. Nous en avons rencontré quelques uns pour en savoir plus.

Moussa Doubia, chauffeur de benne : « tout à commencé par un refus de passage à la déviation de la foret classée de Kua »

Les bennes transportant du sable et autres agrégats de construction de la ville de Bobo-Dioulasso et environnant ne roulent plus depuis ce lundi 8 février 2021. On peut en voir garés en bordure de la voie publique entre la place de la femme et la maison de la culture Anselme Titiaman Sanou. C’est là que notre premier interlocuteur qui se présente sous le nom de Moussa Doumbia,  nous confira la cause de ‘’cette grève ‘’qu’ils observent pour signifier la nécessité pour eux de procéder à une hausse des prix de revente des agrégats. Une augmentation qui devra se faire à partir de la reprise de travail, en concertation avec leurs partenaires et certainement avec l’appui des autorités compétentes et « la compréhension des acheteurs ». Moussa Doumbia est donc chauffeur de benne et revendeur de sable qu’il achète comme ses collègues sur les sites d’extraction de Borodougou et Pala, pour le revendre sur les chantiers de construction. Selon ses explications, tout serait parti d’une interdiction de passer par « la déviation » au niveau de la forêt classée de Kua. Un raccourci que certains chauffeurs de bennes empruntent quelques fois, pour échapper au contrôle policier à l’entrée de Bobo.

Soumana Sanou, Président du bureau des chauffeurs de bennes évoque de nombreuses difficultés de travail des chauffeurs face aux forces de l’ordre

 

La déviation qui vaut  2000 FCFA

 

« Nous avons été prévenus que tout véhicule pris en train de dévier par ce raccourci qui passe par la forêt classée devra payer 200 mille francs », ajoute Moussa Doumbia. En clair, pour avoir de quoi payer toutes les taxes et entrer en possession de tous les documents leur permettant de travailler en règle, et emprunter sereinement le goudron, les chauffeurs-revendeurs d’agrégats de construction vont procéder à une augmentation des prix de revente. « Actuellement, nous n’avons qu’un bénéfice de 4 mille francs par chargement. Ça ne suffit pas à faire face à toutes les charges », déplore t-il. C’est pourquoi le chargement des « Six roues passera de 30 mille à 40 mille francs CFA et celui de « dix roues » passera de 50 mille à 75 mille francs CFA. Confirmation de ces futurs prix est faite par Soumana Sanou, qui se présente comme le Président du bureau des chauffeurs concernés par cette hausse de prix en perspective. Il explique que la cause de cette grève résulte des nombreuses difficultés auxquelles les chauffeurs de bennes font face chaque jour. « Sincèrement dit, nous n’y gagnons presque plus rien. Il y’a donc nécessité à s’entendre pour une augmentation du prix de sable ne serait-ce que pour faire face aux dépenses liées à l’obtention de tous les documents.

Les bennes sont aux arrêts pour une semaine, le temps d’une augmentation du prix des agrégats

Faire face aux charges

 

Nous sommes obligés de faire face à des taxes exigées par les agents des forces de l’ordre sur la route. Outre les autres documents, la police nous exige des documents d’affiliation (à la caisse d’épargne pour la retraite) alors que la plupart travaillent sur la base de contrats de courte durée. C’est ce qui explique que certains  prennent des déviations de voies, pour échapper à la police. Quant à la gendarmerie, elle nous prend systématiquement 1000 francs sur chaque camion qui passe. Nous sommes obligés d’augmenter les prix pour faire face aux dépenses qui nous permettent d’être en règle. » Donc le prix du chargement des véhicules de six à sept mètres cubes (six roues) passera de 30 à 40 mille alors qu’il faudra désormais une somme de 80 mille pour avoir un chargement d’un véhicule « Dix Roues ». Brahima Sanou n’est pas membre du bureau, mais en tant que chauffeur, il précise que ‘’la grève » ne vise pas à aller à l’encontre des intérêts de la population d’aucune manière. « C’est devenu si difficile pour nous que nous avons comme l’impression que les chauffeurs de bennes sont particulièrement  ciblées cette année. D’où cette grève d’une semaine, après avoir informé la police, la gendarmerie, et la mairie pour expliquer pourquoi nous sommes en grève. »

Sur le site de Borodougou, un extracteur de sable attend la reprise de travail pour procéder à une augmentation de prix du chargement

 

Quatre cent véhicules recensés

 

Les quatre cents véhicules bennes recensés dans la région observent cette grève, assure le Président du bureau. Chose certaine, toute activité de transport de sable et autre agrégat est effectivement interrompue sur les sites d’extraction de borodougou et de pala, selon le constat que nous avons pu faire sur les lieux. Si le sable est plus souvent cité, il faut noter que les autres agrégats sont aussi concernés par l’augmentation de prix. « Tout ce que nos bennes peuvent transporter fera objet d’une augmentation de prix », affirme Brahima Sanou. Si le sable blanc coûtera désormais  40 mille à 80 mille selon le chargement, le gravier qui s’obtenait à 35 ou 65 mille coutera entre 50 mille et  90 mille selon qu’il s’agit d’un six roues ou un dix roues. Le caillou sauvage passe de 40 mille à 60 mille ou 100 mille, etc. Ce n’est pas la première fois qu’une augmentation des prix est tentée dans le secteur, mais cette fois-ci, la détermination semble bien plus grande, affirme un propriétaire de camions qui compte bientôt se lancer dans l’activité personnellement, au lieu de se contenter de louer ses camions …aux chauffeurs. Quant aux extracteurs de sable qui vendent un chargement à 6 mille francs, ils comptent bien eux-aussi procéder à une augmentation de prix à leur niveau, dans l’entente avec les chauffeurs….

Sibiri SANOU

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