Vendeuses ambulantes au péage de Bobo sur la RN1 : «Vous dites danger ? Nous on cherche notre pain»

Le péage de Bobo-Dioulasso sur la route nationale n°1 accueille de plus en plus de vendeuses ambulantes. Présentes sur les lieux tôt le matin, ces dernières y passent toute la journée et même une partie de la nuit. Elles se faufilent entre petits véhicules, gros porteurs et véhicules de transport en commun, à la recherche de potentiels clients, faisant fi des dangers qu’elles encourent sur cette voie. Nous sommes allés à leur rencontre dans la matinée de ce mardi 09 aout 2022.

Il est 9h 45mn environ quand nous enfourchons notre moto avec pour direction le péage, situé à la sortie Est de Bobo-Dioulasso, à Yéguéresso, à une dizaine de kilomètres de Bobo, sur la route nationale n°1, reliant les deux grandes villes du pays, Bobo-Dioulasso et Ouagadougou. Après quelques minutes de route, nous voici hors de la ville. La circulation est fluide. Le bitume est lisse et se laisse aisément ‘’avaler’’. Mais prudence ! Les gros porteurs et les véhicules de transport en commun ne sont pas loin. De part et d’autre de la route, le paysage, composé d’arbres, d’arbustes et d’herbes, vertes, est agréable à contempler. L’air semble y être plus frais. Très vite nous arrivons à destination. A ce péage, c’est un mini marché qui est installé et attire très vite notre attention. Des fruits, des légumes, des arachides, des chenilles de karité, des boissons gazeuses et bien d’autres produits y sont exposés en attente de clients.

Des clients qui sont en majorité des usagers de la route RN1 quittant la ville qui, pour la plupart marqueront une petite pause afin de s’acquitter de leur taxe de péage. Profitant du temps que les voyageurs passent à cause de l’affluence au niveau du péage, ces vendeuses ambulantes, marchandise en main, au pas de course, à la limite harcellent les voyageurs. Quant aux dangers qu’elles encourent, les vendeuses avec lesquelles nous prenons langue disent en être conscientes. C’est le cas de Aminata Sangaré, 19 ans et élève en classe de 3e.

«Depuis maintenant trois ans, à chaque période de vacances, je viens ici pour vendre des cacahouètes et des chenilles de karité, afin d’avoir un peu d’argent pour mes petits besoins. Cela me permet de me procurer par exemple des vêtements et des fournitures scolaires à la rentrée des classes. Mais ce n’est pas facile ici, avec le service de sécurité et les péagistes. Même avec certains usagers, ce n’est pas simple. La sécurité nous empêche souvent de déborder sur la route pour vendre et dit que c’est pour notre sécurité. Même si nous sommes conscientes que nous nous exposons au danger, que pouvons-nous faire ?» se demande-t-elle. «Les clients ne viennent pas vers nous, nous sommes obligées d’aller vers eux», martèle Aminata Sangaré. Aby Bakayoko, une autre scolaire que nous rencontrons quelques mètres plus loin, avec sa marchandise en main poursuivant un véhicule automobile à la recherche de clients, nous dira la même chose. Vendeuse de mangue séchée et de chitoumou, elle est sur le site depuis toute petite, selon ses propos. «Depuis toute petite je viens ici pour exercer un petit commerce pour pouvoir subvenir à mes petits besoins. Il y a d’énormes risques ici car tu peux te faire facilement renverser par une voiture. Les péagistes et les agents de sécurité aussi nous chassent à chaque moment. Il y a un péagiste, le jour où il est présent ce n’est pas facile».

A chaque arrêt d’un automobiliste, c’est la course contre la montre entre les vendeuses pour l’accoster

A notre question de savoir si elle mesure réellement les dangers, elle répondra elle aussi par l’affirmative.  «Les risques sont énormes mais on doit faire aussi avec pour avoir à manger. Il y a des clients qui nous parlent mal, d’autres nous refoulent dès qu’ils nous aperçoivent en disant de ne pas salir ou rayer leur voiture». Une autre vendeuse du nom de Mariam Traoré, exerçant elle aussi son petit commerce aux alentours du péage depuis plus d’une dizaine d’années, viendra confirmer les propos de ses camarades citées plus haut. Pour elle également, les risques existent bel et bien dans leur domaine comme dans les autres, mais elle arrive à s’en sortir et subvenir aux besoins de sa famille.

Il y a pourtant bel et bien danger

C’est comme si ces vendeuses ne sont pas conscientes du danger qu’elles encourent en se faufilant entre les camions, nous confie un péagiste. Il arrive «qu’on les chasse pour les éloigner du guichet, non seulement pour fluidifier le passage, mais aussi pour leur propre sécurité». Malheureusement, elles ne semblent pas comprendre cette dynamique, regrette-t-il. Entre ces vendeuses et la sécurité postée en ce lieu, ce n’est pas non plus le grand amour. Elle est aussi dans ‘’l’obligation souvent’’ de les faire reculer et descendre du bitume pour leur propre sécurité et la sécurité autours des guichets du péage.

Un agent de sécurité en poste, qu’on ne nommera pas pour des raisons de sécurité, nous dit par exemple que la voie en question est très dangereuse et il arrive malheureusement qu’on assite à des accidents. Notre péagiste nous en a effectivement parlé à notre arrivée. Il n’y a pas si longtemps de cela, nous relate-t-il, quelqu’un ne jouissant pas de toutes ses facultés mentales s’est fait renverser et en est mort. «Il a même été enterré non loin d’ici », précise notre interlocuteur.

Appréciation de quelques usagers

Des usagers en partance pour Ouagadougou, dont les véhicules sont pris d’assaut par les vendeuses se prêtent à notre micro. Pour eux, le travail que font les vendeuses est appréciable, cependant elles doivent être recadrées pour plus de sécurité. «La présence des vendeuses est nécessaire ici, car souvent dans la précipitation quand tu n’as pas pu tout payer à Bobo-Dioulasso, arrivé ici tu peux t’approvisionner.

Mais le fait que les vendeuses se faufilent entre les voitures à la recherche de la clientèle, n’est pas très approprié car elles peuvent se faire cogner facilement», affirme Paul Yaogo en partance pour Ouagadougou. Moumouni Ouédraogo, un autre usager embouchera la même trompète. «Le travail des femmes est à encourager, mais la sécurité n’y est pas. Elles encourent d’énormes risques en le pratiquant ainsi».

Il faut s’armer de patience pour s’acquitter des frais de péage

Une longue file d’attente créée au niveau du péage est tout bénef pour les vendeuses, car ce sont de potentiels clients

Autre chose qui a attiré notre attention à notre arrivée, est une longue file de véhicules automobiles en attente. Voitures personnelles, cars de transports en commun et des camions de transport de marchandises, sont les principaux acteurs qui constituent la file qui s’étend sur plusieurs dizaines de mètres.

A pas de caméléons, et à tour de rôle, ils passent au guichet pour s’acquitter des taxes de péage avant de continuer leur trajet. Pour soulager les usages et voyageurs, les travaux de construction d’un péage moderne situé dans le village de Kotédougou, à quelques kilomètres du péage de Yéguéresso, sont en cours. Les travaux ont été lancés en septembre 2020.

Abdoul-Karim Etienne SANON

Aymeric KANI

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