Mali, qui de la CEDEAO et de la junte doit aider l’autre ?

Dans son discours d’ouverture du 57e sommet de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le président en exercice de l’organisation a demandé à la junte au Mali d’aider la CEDEAO à résoudre la crise au Mali. En même temps, il a déclaré que le Mali a besoin de la Communauté ouest-africaine eu que celle-ci doit aider le Mali. La question qui vient de suite à l’esprit est de savoir qui du Mali et de la CEDEAO doit aider l’autre ?

En effet, face à des difficultés internes de gouvernance dans leur pays, les Maliens (d’abord les civils puis ensuite les militaires) sont sortis dans les rues et ont déposé leur président. Aussitôt, la CEDEAO s’est autosaisie de la question et a pris des « mesures fortes » allant des sanctions financières (gel des flux financiers) à des sanctions économiques (fermetures des frontières et de partant de toutes les relations économiques avec le pays). Du coup, le Mali s’est retrouvé du jour au lendemain asphyxié. Si jusqu’à présent le pays tient alors qu’il est en proie à plusieurs crises (politique, sécuritaire,  sociale, sanitaire…) c’est parce que le peuple maline a compris qu’il faille qu’il assume ses responsabilités.

C’est ainsi qu’avec calme, il s’organise méthodiquement pour le retour du pouvoir aux civils, mais également pour la refondation afin « d’inventer un Mali nouveau » avec des institutions fortes à même d’assurer une gouvernance vertueuse. Si on part du postulat que  les Maliens connaissent mieux la situation de leur pays, ils sont de fait les mieux indiqués pour lui trouver les remèdes appropriés. Dans ce contexte, il revient à la CEDEAO d’accompagner le peuple malien dans la recherche des solutions durables (à défaut d’être définitives) au problème malien.

Aussi, à l’analyse la CEDEAO doit impérativement revoir ses textes afin d’être une CEDEAO des peuples et on une CEDEAO, synonyme d’un syndicat des chefs d’Etat qu’elle défend parfois aveuglement sans se soucier véritablement des difficultés des peuples qui les ont élus. C’est pourquoi dès le départ de la crise malienne, les observateurs les plus avisés avaient qualifié d’incompatibles avec la réalité et les préoccupations des Maliens les mesures prises par cette organisation. Malheureusement, pas simple orgueil la CEDEAO les a maintenues. Heureusement qu’en demandant à la junte d’aider la CEDEAO à réussir sa mission le président de l’organisation donne des signes de prise de conscience véritable de la situation réelle au Mali. Car, si la junte joue le jeu de la CEDEAO, elle semble avoir compris que seul le peuple malien est le principal décideur de ce qu’il veut pour l’avenir du pays. Si l’organisation ne s’inscrit pas rapidement dans la dynamique voulue par les Maliens et l’ensemble des peuples de la sous-région, elle risque d’être en déphase avec les aspirations réelles de ces peuples-là qu’elle est sensée défendre les intérêts. C’est pourquoi, une grande reforme doit être initiée dans les domaines prioritaires de la bonne gouvernance politique et économique surtout.

Dabaoué Audrianne KANI

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